Portraits

Joseph Bravo, diplômé en génie Biologique en poste chez Chanel

Entré en 1989 chez Chanel, Joseph Bravo y occupe aujourd’hui le poste de directeur des opérations Maroquinerie, Bijoux fantaisie et Accessoires textile. Ce diplômé en génie biologique passe aujourd’hui des défilés aux abattoirs, de la stratégie à trois ans aux détails d’un sac à dos.

Joseph Bravo, diplômé en génie Biologique en poste chez Chanel

« L’univers de la mode est rythmé par les six collections annuelles », introduit celui qui dirige une équipe de 60 personnes, composée à 60 % d’ingénieurs – « dont un UTC et un UTBM que j’ai recrutés ! » Son métier ? Accompagner le studio de stylisme pour lui fournir un environnement favorable à la création, superviser la fabrication, assurer la logistique jusqu’aux boutiques, le tout dans des délais très courts.

Oublier d’être ingénieur !

« C’est une logique de produits frais », compare Joseph Bravo qui, justement, aime le produit et la nouveauté. « Le studio repousse toujours les limites en termes de matières, de procédés. L’équipe est portée par cette énergie créatrice stimulante. Je demande aux ingénieurs d’oublier qu’ils le sont, d’accepter de ne pas tout maîtriser et de se laisser aller aux défis de la création, ce qui peut être frustrant ou inconfortable pour eux. » La maroquinerie est l’activité principale de ce département, qui supervise aussi les cravates, les foulards, les chapeaux, les raquettes de tennis, les bijoux fantaisie et les planches de surf. « Notre activité s’inscrit dans une logique de filière, et je visite régulièrement des abattoirs ou des élevages pour nos approvisionnements en cuir, secteur très concurrentiel. Nous avons la chance de travailler avec des fournisseurs attachés et fidèles à la maison Chanel. Certains brodeurs parisiens travaillaient déjà avec Mademoiselle Chanel », raconte Joseph Bravo qui, lui, est attaché à sa région d’origine et vit toujours à côté de Compiègne même s’il voyage très régulièrement, des États-Unis au Japon. « Je passe toutes les semaines devant l’UTC ! »

De l’univers du luxe à l’univers de la mode

Entré à l’UTC après un bac E au lycée de la ville, il se destinait à la mécanique mais choisit le génie biologique, qui l’intéresse aussi parce que cette filière compte plus de jeunes étudiantes que les autres ! Son stage de fin d’études se transforme en embauche dans l’entreprise Paris, créée par un professeur de l’UTC, spécialisée dans les réactifs pour la recherche médicale. « Cette expérience très formatrice m’a orienté vers les industries connexes aux secteurs médical et pharmaceutique, dont la cosmétique », explique-t-il. En 1989, à 27 ans, il devient chef d’atelier dans l’usine Bourgeois, implantée à Compiègne, où il supervise déjà une équipe de 60 personnes. Il entre ainsi dans l’univers du luxe, et devient directeur des méthodes sur le même site en 1992, ce qui l’amène à gérer l’organisation industrielle, les investissements, le lancement de nouveaux produits, dont le parfum Allure. « À l’époque, Chanel lançait un parfum tous les dix ans. Après cette aventure passionnante, les équipes du lancement ont bénéficié de propositions intéressantes en interne. Je suis devenu directeur des méthodes à l’usine de maroquinerie de Verneuil-en-Halatte, où j’ai découvert l’univers de la mode », explique celui qui a quitté le domaine des biotechnologies sans regret. « J’ai appris à utiliser une machine à coudre ! Chez Chanel, la crédibilité du management passe par le savoir-faire. » En 1998, il entre au siège à Neuilly dans le département marketing produits, où il met en place une nouvelle organisation de la gestion de projets pour le lancement de parfums et de produits de beauté. De 2002 à aujourd’hui, il passe directeur des opérations Maroquinerie, Bijoux fantaisie et Accessoires textile. « Chanel est une maison où l’on se sent bien grâce à son actionnariat familial, son attachement aux beaux produits. La culture d’entreprise est forte, et il n’est pas rare de croiser des collaborateurs qui ont vingt ans, voire trente ans de maison, malgré des cadences de travail parfois très soutenues. »

Une école de l’adaptation

De l’UTC, celui qui a laissé son abonnement à L’Usine nouvelle pour Elle retient surtout l’apprentissage de l’adaptation. « C’est une vraie valeur ajoutée, à laquelle je prête une attention particulière pour les embauches. La mode n’est pas un univers d’ingénieurs, considérés comme ceux qui empêchent les stylistes de concevoir des flacons instables ! Il ne faut pas dire aux créateurs que c’est impossible, mais trouver une solution, ce qui est passionnant quand on a le goût du produit. »

Bio express

  • 1980 : Entrée à l’UTC
  • 1985 : Diplômé en génie biologique, embauche chez Biocis
  • 1989 : Chef d’atelier de conditionnement pour les parfums Bourgeois (Chanel), usine de Compiègne
  • 1992 : Directeur des méthodes dans la même usine
  • 1998 : Chanel, directeur de la gestion de projets Parfums et Beauté
  • 2002 : Chanel, directeur du développement Maroquinerie
  • 2007 à aujourd’hui : Chanel, directeur des opérations Maroquinerie, Bijoux fantaisie et Accessoires textile