Portraits

Aux commandes de sa vie

Itinéraire d’Isabelle Py, ingénieur UTC en génie informatique devenue… pilote de ligne chez Air France.

Aux commandes de sa vie

Aux commandes d’un planeur ou d’un avion cargo, au départ d’un aéroclub ou du premier aéroport d’Europe, en tour de piste ou à destination de Caracas… sa passion est restée intacte : voler ! Cette envie, ou plutôt ce mode de vie, s’impose à Isabelle alors qu’elle n’est encore qu’étudiante en génie informatique il y a une vingtaine d’années. « Je souhaitais devenir ingénieur » assure Isabelle, qui intègre alors l’UTC. « L’UTC présentait tous les avantages d’une école apportant l’ouverture et l’autonomie indispensables pour mener à bien son double projet personnel et professionnel ». À l’époque, Isabelle qui pratique l’équitation, est ravie de venir vivre à Compiègne, ville de cheval. « Une opération chirurgicale m’a cependant tenue éloignée des chevaux quelques temps. A mon retour, j’ai eu peur de chuter. Le blocage fût immédiat » raconte-t-elle. Elle revend alors tous ses cours achetés à l’année et opte, via le bureau des sports de l’UTC, pour des cours de vol à voile. Son premier vol en planeur mais surtout le premier décollage restent pour elle une vraie révélation. « C’est ça que je veux faire, me suis-je dis alors que je ne me trouvais qu’à dix centimètres au-dessus du sol et que l’avion n’avait pas encore décollé ! ». Son cursus à l’UTC l’amène ensuite tout naturellement à réaliser deux stages en entreprise, plus particulièrement chez Dassault Aviation, acteur majeur de l’industrie aéronautique mondiale. L’occasion pour l’étudiante-ingénieur d’y passer son brevet de base puis une licence de pilote privé. Mais le vol ne lui est alors qu’un simple loisir.

Jeune diplômée, Isabelle travaille alors deux ans et demi dans une société de service en ingénierie informatique, mais ne s’y épanouit pas. « Une SSII qui collaborait avec la SNCF et la RATP, donc loin de mes aspirations. Cette première expérience fût véritablement pour moi le déclencheur de ma reconversion professionnelle » confie-t-elle. Elle décide alors de reprendre ses études à l’École Nationale de l’aviation Civile (ENAC) au SFACT de Montpellier. Elle y passe une année et devient pilote professionnelle. Embauchée par Air France quatre jours seulement après sa sortie de l’école, alors que la guerre du Golfe retarde les embauches de pilotes, Isabelle prend finalement place dans le cockpit de l’Airbus A320 en août 1991, en qualité de copilote. « J’ai ensuite été amenée à fréquenter le réseau Afrique / Moyen-Orient sur l’A310 en place droite, avant d’être affectée sur Boeing 747-400 durant neuf ans, le plus gros avion commercial en service avant l’introduction de l’Airbus A380 ». Il y a un peu moins de deux ans, Isabelle décide de suivre une nouvelle formation longue de seize mois pour occuper cette fois "la place gauche", celle de pilote commandant de bord sur l’imposant Airbus A340. Un parcours pour le moins atypique : « Accéder directement au pilotage d’un avion de ligne long courrier n’est pas commun. Les tailles d’appareils que l’on vous confie sont généralement fonction de votre expérience. Or, j’ai eu la chance de piloter directement l’A340 ! ».

Isabelle est désormais pilote de ligne. Un métier comme un autre ? « Non, être pilote de ligne est d’abord un choix de vie très particulier, avec ses avantages et ses inconvénients, mais ce n’est surtout pas ce que l’on pourrait appeler un job ! Beaucoup d’éléments peuvent être synonymes d’arrêt de vol, et ce du jour au lendemain » rappelle-t-elle. Aussi, régulièrement, Isabelle suit donc des cours de maintien des compétences à la fois techniques mais également physiques. Au programme : séances de simulateurs, examens théoriques, visites médicales… Des obligations qui viennent fréquemment rompre le quotidien de tout pilote, déjà pour le moins non répétitif. « Il n’existe pas de journée type. En outre, chaque vol est unique, vous amenant à travailler avec un nouvel équipage, en partance pour une destination elle aussi nouvelle, et au gré de conditions météorologiques, techniques et commerciales toujours différentes… Bref, une ouverture formidable sur le monde » conclut Isabelle.