Dossier

30 : Des projets de recherche novateurs

30 : Des projets de recherche novateurs

Musées : bientôt des visites sur-mesure en temps réel ?

CIME veut dire Contextual Interactions for Mobility in Education. En effet, ce qui intéresse Dominique Lenne, c’est de favoriser l’apprentissage dans des situations de mobilité. Visiter un musée fait partie de ces situations où la mobilité – marcher dans les couloirs et déambuler d’œuvre en œuvre – et l’apprentissage sont indissociables.
Si beaucoup de solutions existent déjà, à commencer par les audio-guides, elles ne s’adaptent pas au profil de l’utilisateur, à sa position dans le musée, à la concordance entre les œuvres, au temps passé devant certains tableaux, etc.
« Il s’agit d’enrichir la visite grâce à une information adaptée au contexte, via par exemple un système de recommandations capable de suggérer d’autres tableaux dans le musée en fonction de ceux devant lesquels le visiteur s’est arrêté, détaille Dominique Lenne. L’application peut aussi lui proposer des animations pour approfondir sa visite. »

Représentation sémantique et visite de musée

Le projet de recherche CIME associe, à l’UTC, les laboratoires Heudiasyc et Costech, qui travaille sur la cognition incarnée, ainsi que le laboratoire Modélisation, Information et Systèmes de l’Université de Picardie Jules Verne. Le musée du Palais impérial de Compiègne a tout de suite été intéressé par ce projet, qui ouvre une perspective de modernisation de l’accès aux œuvres et de renouvellement du public.
Le service Patrimoine et Tourisme d’Amiens Métropole, dans le cadre de la création d’un centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine à Amiens, est aussi associé à CIME. Ce projet, financé par la Région Picardie à hauteur de 187 000€, conjugue recherche scientifique et retombées sociales et culturelles pour le territoire. « L’ancrage territorial de notre projet justifiait un projet régional. Notre proposition a été retenue suite aux avis positifs d’un jury d’experts en 2013. Nous présenterons nos premières avancées lors de la Semaine de la Recherche et de l’Innovation, en novembre prochain à Laon. La Région contrôle et accompagne ainsi les projets financés dans le temps. A l’issue du programme, un rapport final et une soutenance de thèse par le doctorant permettent de libérer la totalité des financements  », détaille Dominique Lenne, qui avait déjà participé à deux projets régionaux avant CIME.
La particularité de CIME est de reposer sur une représentation sémantique qui permet de relier les différentes œuvres entre elles par des caractéristiques communes, telles que le courant artistique, le lieu, l’auteur, etc. « Cette représentation sémantique se base sur un ontologie du patrimoine culturel comprenant des concepts comme l’auteur, le style, etc. En fonction de la distance entre ces concepts et du contexte (localisation, œuvres à proximité, intérêts de l’utilisateur, historique de visite,…), l’outil peut formuler des recommandations de parcours. »

Des appels à projets essentiels

Cela n’ira pas sans difficulté. A commencer par la localisation précise de l’utilisateur dans le musée. «  Ceci exige de recourir à des technologies plus abouties que le système de géolocalisation d’un smartphone, souligne Dominique Lenne. Nous pourrons aussi étendre notre outil à des visites en extérieur. Le touriste pourra découvrir le patrimoine architectural d’une ville grâce à un parcours personnalisé.  »
L’autre difficulté réside dans la connaissance du visiteur pour formuler des recommandations adaptées et répondre au mieux à ses besoins.
« C’est le problème du ‘démarrage à froid’ : comment acquérir des connaissances sur l’utilisateur avant ou au début de sa visite ? Une solution est de recourir aux réseaux sociaux, ce qui peut cependant poser des problèmes éthiques  », explique Dominique Lenne. Les équipes du projet espèrent, au terme de ce projet de 3 ans (2013-2016), la commercialisation de leur application.
« Nous souhaitons valoriser la capacité de notre outil à prendre en compte le contexte dans lequel s’inscrit l’utilisateur, apportant une très nette plus-value à la visite par rapport à la retranscription rigide d’un site internet  », souligne Dominique Lenne, pour qui les appels à projets régionaux sont essentiels pour lancer de nouveaux projets sur des thèmes novateurs.