Dossier

29 : Les ambitions socio-économiques des PIA (2)

29 : Les ambitions socio-économiques des PIA (2)

Un Labex créateur d’interdisciplinarité

Le laboratoire d’excellence MS2T a été sélectionné à l’issue du premier appel à projets lancé par l’Agence nationale de la recherche, en 2011. « Il s’agit de donner les moyens à des laboratoires français de se hisser au meilleur niveau mondial, souligne Ali Charara. L’originalité du Labex MS2T réside dans son caractère interdisciplinaire et dans son approche intégrative, abordant de front les verrous technologiques et les verrous scientifiques.  »
La première étape du Labex fut d’identifier ces verrous, travail qui fut validé par le conseil scientifique international du Labex. Ce conseil scientifique – présidé par le Professeur Mo Jamshidi (University of Texas, USA) et dont Dominique Luzeaux fait partie – s’est réuni pour la première fois en septembre 2013 afin de faire le point sur les 18 premiers mois de travail de MS2T. « Nous avions adossé cette réunion au premier workshop international du Labex rassemblant des chercheurs et des industriels du monde entier  », souligne Ali Charara.

Hôtel à idées, séminaires mensuels et Master

Outre cette grande réunion internationale, le Labex organise des ateliers internes, des séminaires mensuels pour créer une émulation et des rencontres entre les experts de ce domaine. « Ils échangent leurs idées, informent sur leurs axes de travail, partagent le fruit de leurs recherches… Ce qui garantit une bonne visibilité pour le Labex, détaille Ali Charara. Il s’agit de créer un effet d’entraînement, de travailler avec de nouveaux partenaires et de devenir un lieu reconnu de projets scientifiques interdisciplinaires. » Autre fruit du Labex MS2T, un nouveau Master a été ouvert à la rentrée 2013 sur les systèmes complexes en interactions. « C’est un domaine qui a tout de suite intéressé les étudiants », se félicite Ali Charara. Une cinquantaine d’étudiants suivent ces cours, et des bourses d’excellence sont distribuées pour attirer les meilleurs étudiants français et étrangers.

9 professeurs visiteurs, 13 thèses et une cinquantaine de publications

Depuis sa création, le Labex MS2T a financé 13 thèses de doctorat, dont trois grâce à des co-financements (DGA, Région Picardie et industriels). Sept post-doctorats sont en cours, dont l’un est financé avec le soutien d’Alstom. Concernant le volet international, neuf professeurs étrangers (Australie, Etats-Unis, Espagne, Italie, Pologne, Brésil, Mexique) sont venus dans le cadre des chaires visiteurs (sept nouveaux sont prévus en 2014), et une quarantaine de chercheurs français et étrangers ont donné des séminaires.
« Parmi les visiteurs étrangers, certains ne connaissaient pas du tout l’UTC. Le Labex ouvre donc la voie à de nouvelles collaborations, précise Ali Charara. C’est un accélérateur d’activités scientifiques : nous avons également financé des stages, des bourses, des séjours à l’étranger pour les doctorants et les professeurs.  » Cinq conférences internationales ont été organisées à Compiègne en 2013 en dehors des séminaires et, au total, une cinquantaine de publications internationales sont déjà issues du Labex.

Construire un partenariat étroit avec le monde socio-économique

L’étude des systèmes de systèmes ne peut être menée de manière abstraite : elle doit aborder des problèmes concrets, issus du monde réel, en se basant sur des plateformes matérielles et logicielles intégratives afin de valider la pertinence des résultats scientifiques obtenus. C’est pourquoi MS2T noue des liens très forts avec l’équipex Robotex, qui travaille sur les communications inter-systèmes et peut réaliser les expériences nécessaires concernant les drones et les véhicules autonomes. « Le Labex doit fournir une réponse théorique et développer des méthodes génériques qui pourront s’appliquer à tous les domaines concernés, que ce soit le transport, la santé, l’énergie, l’environnement, la sécurité, etc. Nous menons un projet avec Alstom, qui consiste à optimiser la production d’énergie issue de plusieurs sources dans le cadre des futurs réseaux intelligents  », illustre Ali Charara.
D’autres partenariats sont conclus ou en cours de finalisation avec Renault, PSA, la DGA… « Nous négocions actuellement des contrats avec deux industriels qui souhaitent lever des verrous dans différentes thématiques : gestion de l’incertitude, conception optimisée, communication inter-systèmes, …  », explique le professeur qui se félicite de l’ampleur prise par le Labex.

Des objectifs détaillés à 10 ans

De plus en plus d’industriels se montrent intéressés par ce nouveau domaine de recherche et les problématiques qu’elle soulève. Le Labex, doté de 6,7 millions d’€ sur 9 ans (dont 787 000€ de dotations publiques reçues en 2013), favorise donc le co-financement de projets de recherche. «  Nous avons rédigé pour chaque domaine – transport, e-santé, énergie, sécurité/surveillance – une feuille de route qui détaille les verrous associés, les partenaires industriels potentiels et les objectifs à 4 ans et à 10 ans  », souligne Ali Charara.
Exemple : dans quatre ans, des véhicules autonomes rouleront à basse vitesse et communiqueront avec d’autres véhicules et, dans dix, ils rouleront à vitesse normale et pourront communiquer avec d’autres systèmes de transport. «  Nous viserons également la maîtrise d’une flotte de mini-drones autonomes et coordonnés entre eux  », estime Ali Charara. Pour cela, les axes de recherche prioritaires, à creuser avec les partenaires industriels, sont la conception des systèmes embarqués, les interactions entre les véhicules, l’intelligence dans le système de conduite, etc. «  Les rendez-vous du Labex seront nombreux dans les mois à venir, rappelle Ali Charara. Les résultats des premières thèses arriveront d’ici la fin de l’année 2014, une école d’été sera organisée de façon récurrente à partir de 2015 et un club des partenaires industriels sera rapidement mis sur pied.  »
La création d’une chaire sur les systèmes de systèmes est également en négociation avec un partenaire industriel. «  Nous souhaitons, d’ici la fin de l’année, mettre en avant quelques applications concrètes de notre travail afin de donner à voir l’apport de nos recherches  », conclut Ali Charara.

Le point de vue du laboratoire BMBI

« Issu du monde de l’ingénierie, le concept de système de systèmes s’applique très bien au vivant. Le corps humain est un système de systèmes très complexe, structuré en sous-parties de la cellule à l’organe  », introduit Anne-Virgine Salsac, du laboratoire BMBI, où la biologie systémique appartient désormais au quotidien des équipes.

Selon la chercheuse, le monde du vivant offre un vaste panel d’applications et d’explorations pour les idées et les recherches dans le domaine des systèmes de systèmes, et ce pour l’intérêt du plus grand nombre. « C’est une nouvelle piste pour mieux comprendre certaines pathologies, mieux définir certains traitements, etc.  », explique Anne-Virginie Salsac, pour qui la grande force du Labex est de permettre de tels rapprochements entre les laboratoires de l’UTC et de donner corps à des projets communs. « C’est un outil très fédérateur, qui favorise les synergies. J’encadre par exemple depuis 18 mois une thèse en collaboration avec le laboratoire Roberval dans le cadre du Labex MS2T  », illustre-t-elle.

Une thèse Roberval/BMBI

« Nous étions confrontés à un problème de traitement d’image dans le cadre de cette thèse. Nous avons découvert que cette compétence existait au sein d’Heudiasyc !  », explique Anne-Virginie Salsac. Cette thèse, de Benjamin Sévénié, se concentre sur la mise au point d’un modèle qui simule la dynamique de micro-capsules dans un écoulement sanguin. Objectif : construire des outils de modélisation pour connaître le devenir de traitements amenés par des micro-capsules injectées aux patients. «  Il faut simuler un grand nombre d’objets déformables, ainsi que l’écoulement sanguin, ce qui s’avère très lourd. Il faut concevoir de nouvelles techniques numériques pour faciliter les calculs », détaille Anne-Virginie Salsac. La partie concernant les techniques d’optimisation et de réduction des modèles est assurée par le laboratoire Roberval, celle relative à la mécanique des fluides et des solides et à la simulation numérique, par le laboratoire BMBI.

Atteindre l’interdisciplinarité

« Le Labex a pris beaucoup d’ampleur, c’est un programme très structurant pour l’UTC et très bénéfique pour les chercheurs, surtout à l’heure où il n’est pas évident de financer des projets de recherche intéressants et innovants  », assure Anne-Virginie Salsac, qui ajoute que ce Labex place l’UTC à la pointe du concept, lui-même innovant, des « systèmes de systèmes ». « C’est un concept en cours de structuration. L’UTC a organisé un colloque international en septembre 2013 à ce sujet, ce qui nous confère une belle visibilité  », souligne Anne-Virginie Salsac. Une nouvelle édition sera organisée cette année. Objectif : que l’UTC devienne un acteur-clé sur ces problématiques, qu’il est possible d’étendre à tous les domaines couverts par l’école. « Le concept de système de systèmes émerge aujourd’hui, et peut transcender les disciplines. Il faut atteindre cette interdisciplinarité  », invite la chercheuse.

Qu’est-ce qu’un laboratoire d’excellence ?

Issus de deux appels à projet lancés par l’Agence nationale de la recherche en 2010 et en 2011, les Labex, ou laboratoires d’excellence, sont des projets portés le plus souvent par des laboratoires en réseau ou coopératifs. Au total, 171 laboratoires (100 lors de la première vague, 71 lors de la seconde) ont été retenus sur les 436 projets présentés. Ils sont dotés au total de 2 milliards d’€ (un milliard d’€ par appel à projets). Ce programme d’investissements d’avenir a pour objectif « d’attribuer aux laboratoires ayant une visibilité internationale des moyens significatifs leur permettant de faire jeu égal avec leurs homologues étrangers, d’attirer des chercheurs et des enseignants-chercheurs de renommée internationale et de construire une politique intégrée de recherche, de formation et de valorisation de haut niveau. De nature très variée, ces projets, portés, bénéficieront, au-delà du seul monde de la recherche, au tissu industriel au travers de nouveaux partenariats entre les laboratoires de recherche publics et les entreprises », assure le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. L’ambition de ces laboratoires d’excellence est :

  • d’augmenter l’excellence et l’originalité scientifique, le transfert des connaissances produites et, par là même, l’attractivité internationale de la recherche française, tout en entraînant dans cette dynamique d’autres laboratoires nationaux ;
  • de garantir l’excellence pédagogique et de jouer un rôle moteur dans les formations de niveau master et doctorat ;
  • de s’inscrire dans la stratégie de son ou ses établissements de tutelle et de renforcer la dynamique des sites concernés.