Dossier

29 : Les ambitions socio-économiques des PIA (2)

29 : Les ambitions socio-économiques des PIA (2)

La SATT Lutech, au service de la maturation de la maturation et de la recherche

« Les universités sont peuplées de personnes très compétentes mais qui parlent rarement le langage des industriels. L’UTC, du fait de sa nature-même, est un établissement où cet écart est moins important qu’ailleurs, mais il fallait créer un nombre restreint de lieux de dialogue afin que les industriels s’y retrouvent. En résulte la création des SATT  », introduit Chantal Vernis.
Les SATT sont dotées de capitaux propres (1 million d’€ pour la SATT Lutech) afin de recruter des personnes dotées d’un double profil académique et industriel sur des secteurs spécifiques, capables d’identifier et de s’emparer de sujets de recherche intéressants pour imaginer des programmes de maturation en vue de leur valorisation. Ces programmes doivent lever les risques qui freinent les industriels dans leur capacité à innover. La maturation est une démarche visant à porter une invention scientifique au stade de l’innovation socio-économique, autrement dit de faire rencontrer une invention et un marché. Pour cela, il faut répondre aux questions en suspens (faisabilité technologique, industrielle, positionnement marché, faisabilité économique, etc.) et lever ou évaluer les risques qui permettront aux futurs partenaires industriels (créateurs d’entreprise, entreprises existantes) de décider de prendre la suite.
« Les SATT, sociétés de droit privé, font office d’interfaces entre la recherche publique et le monde économique. Dans la droite ligne du mouvement actuel de décentralisation, les SATT ont une assise géographique et non thématique. Elles font le lien entre les pôles de compétitivité et les pôles universitaires  », détaille Chantal Vernis. Ainsi, la SATT Lutech tisse des rapports privilégiés avec Sorbonne Universités, dont les membres se retrouvent pour beaucoup dans les deux structures.

Accélération de la SATT en 2014

Créée début 2012, la SATT Lutech a déjà engagé 4,5 millions d’€ dans 22 projets (chiffres de fin 2013), et a permis la création de deux entreprises. 17 nouveaux projets sont en cours de maturation, dont sept pourraient donner lieu à d’autres créations d’entreprises, et 69 projets passent actuellement la première phase de réflexion. «  Il s’agit d’étudier pourquoi et comment les accompagner vers leur maturation  », souligne Chantal Vernis. La SATT Lutech a une capacité de financement de 20,6 millions d’€ pour ses trois premières années, et 73,1 millions d’€ sont attendus au total sur 10 ans.
«  Si les objectifs fixés sont atteints à la fin de la troisième année, c’est-à-dire fin 2014, alors les capacités de financement suivantes seront débloquées, explique Chantal Vernis. Jusqu’à présent, nous avons financé en propre tous les programmes de maturation. Le montant de nos financements octroyés jusqu’à présent est lié aux besoins spécifiques de chaque projet. Il peut aller de 30 000 € à 500 000 €. Lors du prochain comité d’investissement, nous présenterons le premier programme de co-maturation. Cette formule, par laquelle l’industriel manifeste son intérêt dès le départ et construit avec nous le programme de maturation qu’il co-finance, prendra de plus en plus d’ampleur. Si, à l’issue de cette phase, les risques identifiés sont levés, alors l’industriel s’engage à signer une licence d’exploitation.  » Cette forme de co-maturation contribuera à l’objectif premier de la SATT : atteindre l’autonomie financière d’ici 7 ans.
«  A cette échéance, la SATT aura transféré suffisamment de projets dans le monde industriel pour que les revenus générés garantissent notre capacité à investir dans de nouveaux programmes et permettent à l’Etat de se désengager de notre fonctionnement  », prévoit la présidente de la SATT. Après deux années de mise en route, la SATT connaît une véritable accélération en 2014. En témoigne le nombre de licences prévues pour la fin de l’année (25 à 40), alors que les trois premières ont été signées début 2014.

Une convention entre la SATT et l’UTC

Une convention a été passée entre la SATT Lutech et l’UTC. « Toutes les semaines, nous rencontrons Bruno Bachimont, directeur à la recherche de l’UTC. Il nous aide à bien comprendre l’activité des laboratoires afin que nous puissions y détecter plus efficacement les projets que la SATT pourrait accompagner. Une personne de la SATT se trouve aussi à mi-temps dans les locaux de l’UTC, et nous négocions actuellement une convention avec la Région Picardie, où l’UTC est implantée et très investie, afin de coordonner nos soutiens à la recherche  », détaille Chantal Vernis.
Le nouveau Centre d’innovation de l’UTC intéresse aussi la SATT. «  Il est essentiel d’œuvrer de façon cohérente et de travailler dans le même sens. D’ici la fin de l’année, nous pourrions mener ensemble des projets afin de faciliter les transferts de technologie  », prévoit-elle. Déjà, l’un des 22 projets en cours de maturation dans la SATT est issu de l’UTC. Il s’agit du projet IDCCM, porté par Eric Leclerc, qui repose sur les travaux de l’équipe Microfluidique et Microsystème cellulaire du laboratoire Biomécanique et Bioingénierie (BMBI) de l’UTC. L’objectif du projet IDCCM (Integrated Dynamic Cell Cultures in Microsystems) est de proposer aux acteurs de l’industrie pharmaceutique, cosmétique et chimique un système de test in vitro sur cellules (primaires humaines ou animales, lignées cancereuses etc…) reproduisant fidèlement des conditions in vivo afin de s’affranchir des tests sur animaux. Ce système permet de réduire les coûts des tests, d’améliorer leur validité, de limiter les tests sur les animaux, de simuler l’effet du système circulatoire sanguin, de réaliser des analyses en temps réel in situ, et enfin de travailler sur des cellules humaines pour une meilleure extrapolation in vitro/in vivo.
La SATT Lutech accompagne ce projet sur les volets de la propriété industrielle, du marketing ainsi que du développement technologique. Elle finance la réalisation de tests biologiques complémentaires et le développement d’une version plus intégrée de la plateforme IDCCM. 
« Nous rentrerons prochainement de nouveaux projets issus de BMBI, et nous nous rapprochons des travaux du laboratoire COSTECH, signale Chantal Vernis. La présence de l’UTC dans la SATT progressera dans les mois à venir, en concertation avec Bruno Bachimont. L’UTC a l’habitude de travailler avec des industriels, ce qui est assez rare et rend notre collaboration très agréable. J’espère également que nous pourrons, dès cette année, nous rapprocher des étudiants pour leur soumettre des projets de création d’entreprise. Déjà, deux diplômés de l’UTC vont créer une entreprise issue d’un projet en maturation à la SATT, TEM Project, dans le secteur de la création musicale. Les étudiants ont un vrai rôle à jouer.  »

Qu’est-ce qu’une SATT ?

Situées au carrefour du monde de la recherche et des entreprises, les sociétés d’accélération du transfert de technologies sont de nouveaux acteurs économiques qui visent à accroître l’efficacité du dispositif français de valorisation de la recherche, en accélérant notamment son transfert et son utilisation par l’industrie. Les SATT interviennent comme prestataires de services en matière de valorisation de la recherche pour leurs actionnaires et d’autres clients potentiels. Elles disposent également de moyens financiers pour soutenir des projets en phase de maturation. L’opérateur de cette action est l’Agence nationale de la recherche (ANR). Une société d’accélération du transfert de technologies (SATT) est une filiale créée par un ou plusieurs établissements (universités et organismes de recherche), chargée d’assurer l’interface entre les laboratoires publics et les entreprises. Leur mission est de traduire les découvertes et compétences de la recherche publique en applications concrètes répondant aux besoins des entreprises. Leur activité est dédiée aux dépôts de brevets, aux opérations de preuve de concept, aux créations de start-up, licensing, etc. Les SATT ont été créées grâce au programme Investissements d’avenir et bénéficient d’un fonds de 900 millions d’euros. Suite à l’appel à projets de 2010, 12 SATT ont été créées, et 2 sont en cours de création (SATT Conectus Alsace, SATT Lutech, SATT Toulouse Tech Transfer, SATT Ile-de-France Innov, SATT Sud-Est, SATT Aquitaine Science Transfert, SATT Nord, SATT Ouest Valorisation, SATT AxLR, SATT Grand Centre, SATT Grand Est et SATT Lyon Saint-Etienne. En cours de finalisation : les SATT Paris Saclay et GIFT Grenoble).