Dossier

28 : Les ambitions socio-économiques des PIA (1)

28 : Les ambitions socio-économiques des PIA (1)

L’avenir passera par la chimie du végétal

PIVERT, pour Picardie Innovations Végétales, Enseignements et Recherches Technologiques, est l’un des Instituts pour la Transition Energétique (ITE).
Retenu dès 2011 dans le cadre des investissements d’avenir, il dépasse, et de loin, les autres ITE en matière de budget. « PIVERT est aussi important que tous les autres ITE réunis, et les enveloppes prévues sont au rendez-vous, tant du côté des dotations publiques que des financements industriels  », souligne Daniel Thomas.
PIVERT est le centre de recherche, d’innovation, d’expérimentation et de formation dans la chimie du végétal à base de biomasse oléagineuse (colza, tournesol, etc.). Il développe les bases de la bioraffinerie du futur. Pour cela, il repose sur trois piliers : le programme de recherche précompétitive baptisé Genesys, le Biogis Center – halle technologique de développement et de démonstration –, et des projets compétitifs de démonstration conduits par les industriels.

Genesys : 3 appels d’offres, 36 projets, 5 brevets

«  Le programme Genesys, qui fonctionne par appels d’offres, a amorcé l’activité de PIVERT  », explique Gilles Ravot, directeur général de la SAS PIVERT. Les deux premiers appels d’offres, en 2012 et en 2013, ont permis de retenir 36 projets, dotés d’un budget global de 30 millions d’€. Les 35 projets reçus dans le cadre du troisième appel d’offres commencent à être examinés par les experts du pôle Industries et Agro-ressources (IAR), pour des réponses attendues courant mai et un démarrage à l’automne.
Les thèmes de recherche sont répartis en sept sous-programmes : nouveaux systèmes de culture, du champ aux unités industrielles ; procédés pour le fractionnement de la biomasse ; catalyse et biocatalyse pour l’oléochimie ; métabolisme des lipides : de la plante aux micro-organismes ; auto-assemblage des lipides : formulation et nanostructures ; nutrition et santé ; bioraffinerie : vers un métabolisme industriel.
« Le seul domaine où PIVERT accuse un léger retard, c’est en matière de procédés thermiques et thermochimiques pour le fractionnement de la biomasse, note Daniel Thomas. Nous peinons à mobiliser des projets opérationnels par appel d’offres, et proposerons rapidement des solutions pour y parvenir.  » Il fait le point sur les avancées, programme par programme : le domaine des nouveaux systèmes de culture s’est bien développé, la catalyse et la biocatalyse offrent des perspectives encourageantes, « notamment grâce à la participation active du laboratoire de catalyse de Lille », et des projets « très novateurs » ont été lancés en matière de métabolisme des lipides. Dans le cadre du sous-programme dédié à l’auto-assemblage des lipides, l’équipe d’Isabelle Pezron de l’UTC mène un « excellent travail » de formulation, donnant lieu à des constructions réversibles de nano-objets composés de lipides biodégradables.
« Nous pourrons remplacer les cristaux liquides des écrans par ces nano-objets  », prédit Daniel Thomas. Le secteur de la nutrition/santé intéresse les industriels désireux de maîtriser précisément la composition de leurs huiles alimentaires afin d’en améliorer les propriétés sanitaires, et le sous-programme consacré à la bioraffinerie implique notamment l’UTT, « où se trouvent les meilleures équipes françaises dans le domaine de l’écologie industrielle  », souligne Daniel Thomas.
Gilles Ravot complète : «  Les 36 projets ont déjà fait l’objet de publications scientifiques et PIVERT a déposé cinq brevets. Trois nouveaux sont en préparation. Les projets sélectionnés sont de plus en plus transversaux et recoupent plusieurs sous-programmes. Grâce à ces résultats, nous sommes en avance sur notre feuille de route ! Reste à valoriser la recherche grâce au Biogis Center.  »

Le Biogis center, un passeur d’innovations

Le Biogis Center, une halle technologique qui doit faire le lien entre la recherche et l’industrie, est en construction. Il sera livré au printemps 2015. « C’est un outil de transfert, où s’achèveront les programmes de recherche et où débuteront les projets de mise à l’échelle industrielle, définit Gilles Ravot. Ce sera également un centre de formation important, qui renforcera la position de la Région sur les agro-ressources. Il s’agit d’attirer et d’ancrer des projets de démonstration et de maturation, ce qui créera des emplois locaux. » Pour Daniel Thomas, cette plateforme induira évidemment de nouvelles activités industrielles dans les environs.
« PIVERT est un outil efficace de rapprochement entre l’UTC et le monde industriel. Aujourd’hui, les équipes de Transformations intégrées de la matière renouvelable (TIMR) et de Génie enzymatique et cellulaire (GEC), les laboratoires Roberval et COSTECH, l’ESCOM, etc., sont impliqués dans des projets PIVERT, qui regroupe quasiment tous les acteurs de la chimie française, dont Solvay (voir Encadré). Demain, lorsque débutera la phase des projets compétitifs, les industriels se tourneront donc naturellement vers l’UTC pour les mener à bien.  »

Avec l’accord de Bruxelles

Pour faire fonctionner le tout, une équipe de 10 personnes compose la SAS PIVERT. « C’est une bonne équipe, qui a rapidement pris ses marques  », estime Daniel Thomas. Gilles Ravot souligne : « Nous sommes à l’écoute des parties prenantes et tâchons de répondre à leurs attentes pour éviter que la dynamique ne s’essouffle. Nous avons mis en place beaucoup de choses pour créer du lien entre les acteurs de PIVERT, et le club des industriels nous le rend bien, en renforçant la crédibilité du dispositif. » L’autre facteur de succès, c’est le travail effectué par PIVERT auprès de Bruxelles.
« Nous sommes quasiment le seul projet issu des investissements d’avenir à avoir notifié nos activités auprès de l’Union européenne, qui a validé le bien-fondé de nos aides d’Etat, ainsi que notre feuille de route et la structure collaborative de notre programme de recherche. La procédure a duré un an, mais cet accord de Bruxelles nous permet de travailler avec la garantie que les soutiens publics ne devront pas être remboursés, ce qui a considérablement facilité et accéléré le fonctionnement de PIVERT, qui bénéficie d’un engouement spectaculaire de la part de ses partenaires industriels. Ces derniers estiment que PIVERT leur rapportera un milliard d’€ de chiffre d’affaires supplémentaire par an. A titre d’exemple, Sofiproteol et Tereos ont considérablement augmenté leur implication dans la R&D ces dernières années  », illustre Daniel Thomas.

247 millions pour inventer la bioraffinerie de demain

Ainsi, sur les 247 millions d’€ de budget prévisionnel, 70 millions proviennent de l’Etat, le reste étant abondé par les partenaires industriels. Le rôle de la Région Picardie doit également être souligné, notamment pour la mise à disposition de locaux dans le parc technologique des rives de l’Oise, à Compiègne. « Et, sans l’UTC, la mise en place et le développement du pôle IAR comme de PIVERT auraient été bien plus difficiles, rappelle le professeur. Le flambeau allumé par les universitaires a été repris, au-delà de nos espérances, par les acteurs économiques et institutionnels du territoire.  » L’objectif de PIVERT, au bout des 10 années de fonctionnement, est d’être rentable grâce au Biogis Center et aux projets compétitifs. Mais pas seulement : «  Il s’agit surtout d’inventer la bioraffinerie de demain, capable de remplacer les énergies fossiles par des oléagineux, grâce à des procédés quasiment neutres en émissions de gaz à effet de serre. Le tout s’inscrit dans une logique de métabolisme industriel, par lequel les déchets d’un territoire deviennent les matières premières de la bioraffinerie. » Et, conclut Daniel Thomas, qui travaille sur ce sujet depuis 40 ans : « Il y a de grandes chances pour que nous y parvenions.  »

Les chiffres clés de PIVERT

  • Un budget prévisionnel de 246 millions d’euros sur 10 ans comprenant : Le programme de recherche précompétitive GENESYS, doté d’un budget de 120 millions d’euros 
  • Une halle technologique de 6000 m2, le Biogis Center, pour la conduite de projets de développement et de démonstration, dotée d’un budget de 50 millions d’euros 
  • Des projets compétitifs de démonstration conduits par des partenaires industriels (budget cible de plus de 70 millions d’euros sur 10 ans) 
  • 150 chercheurs par an sur 10 ans 
  • 5 000 créations d’emplois industriels directs ou indirects attendus à terme 
  • 28 partenaires académiques et industriels 

Les fondateurs sont :

  • les industriels : Sofiprotéol, Rhodia, Maguin, PCAS, SNC Lavalin
  • le pôle de compétitivité Industries et Agro-Ressources (IAR)
  • les académiques : Université de Technologie de Compiègne (UTC), Université de Picardie Jules Verne (UPJV) et Université de Technologie de Troyes (UTT).

Qu’est-ce qu’une ITE ?

Anciennement IEED (Institut d’excellence en matière d’énergies décarbonées), les instituts pour la transition énergétique (ITE) sont des plates-formes interdisciplinaires dans le domaine des énergies décarbonées, rassemblant les compétences de l’industrie et de la recherche publique dans une logique de co-investissement public-privé et de collaboration étroite entre tous les acteurs. Au nombre de neuf aujourd’hui, ils doivent permettre de renforcer les écosystèmes constitués par les pôles de compétitivité. Un ITE est un outil d’excellence dont la finalité est le développement industriel et/ou le développement de services. Il suppose une masse critique suffisante de moyens et de compétences situées, de préférence, sur un même lieu. Il couvre l’ensemble du processus d’innovation, jusqu’à la démonstration et le prototypage industriel.
Les ITE concernent les filières énergétiques porteuses d’avenir ayant un impact positif sur le climat, par exemple l’efficacité énergétique des bâtiments ou des matériels de transports, les outils de maîtrise de l’énergie, la géothermie, les énergies marines renouvelables, l’énergie solaire, le stockage de l’énergie, les réseaux intelligents de l’énergie. PIVERT a été sélectionné à l’issue du premier appel à projets gouvernemental, en 2011, tout comme l’INDEED (Institut national pour le développement des écotechnologies et des énergies décarbonées), à Lyon. Suite au 2ème appel à projets, sept autres ITE ont été sélectionnés : France Energies Marines à Brest (Bretagne), Greenstars dans le bassin de Thau (Languedoc-Roussillon), l’Institut français des matériaux agro-sourcés (IFMAS) à Villeneuve d’Ascq (Nord-Pas-de-Calais), l’Institut photovoltaïque d’Ile-de-France (IPVF) à Saclay (Ile-de-France), Supergrid à Villeurbanne (Rhône-Alpes), Geodenergies à Orléans (Centre), et l’Institut véhicule décarboné et communicant et de sa mobilité (Védécom) à Satory (Ile-de-France).
Source : competitivite.gouv.fr