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[dossier] 25 : Le pôle Health&Care Technology

[dossier] 25 : Le pôle Health&Care Technology

La santé au carrefour de l’humain et de la technologie

« Notre société, et c’est particulièrement vrai en Picardie, souffre d’un besoin criant de soin, d’attention, de sollicitude entre les personnes. Le mot « care » en anglais, difficilement traduisible, rend compte de ce phénomène. La question du « care » est souvent traitée en philosophie, en éthique, mais rarement au regard des outils techniques et technologiques qui constituent l’essence des rapports entre êtres humains », analyse Charles Lenay.
Il y aurait pourtant beaucoup à apprendre de la rencontre entre le « care » et la technologie, qui peut favoriser le rapprochement entre les personnes ou, au contraire, accentuer la déliquescence du lien social. « Les technologies du care présentent cette originalité de prendre au sérieux la question de la médiation et des supports techniques. Par exemple, lors de la conception d’un système de dialyse autonome, il faut y intégrer la possibilité de créer une communauté de patients, d’organiser la communication avec le centre hospitalier, d’y associer les aides soignants et les aidants…  », illustre Charles Lenay.

Humaniser les technologies de la santé

Cette problématique se situe au carrefour des sciences humaines, des sciences de l’ingénieur et des sciences médicales. Tout l’objectif est d’humaniser les technologies, ce qui ne peut être fait qu’en associant, dès l’amont, les usagers et les personnels de santé dans leur conception. « Très peu d’innovations scientifiques dans le domaine de la santé sont adoptées par les usagers concernés, parce qu’elles ne prennent pas en compte la question de leur utilisation et de leur acceptation. L’UTC, grâce à la tradition de dialogue entre les laboratoires COSTECH et BMBI et les liens tissés avec les acteurs locaux de la santé, est bien placée pour répondre à cette problématique émergente. Le pôle accentuera encore ces synergies  », souligne Catherine Marque, qui a travaillé par exemple avec COSTECH sur un système de suppléance cognitive pour les personnes aveugles.

Ramener la santé et le soin à portée du patient

Outre cette approche originale embrassant dans un même regard les rapports humains et les technologies de santé, le pôle Health&Care Technology devra répondre aux nombreux besoins du territoire. « Il faut connecter la question des dispositifs médicaux et biomédicaux à celle de leur accessibilité et de leur utilisation. L’un des problèmes de la Picardie, c’est la répartition géographique des structures de soin et l’absence de dispositifs intermédiaires d’assistance aux personnes, aux professions médicales et paramédicales et à la gestion/organisation des soins. Il faut créer des liens entre les patients et les systèmes de soin, analyse Cécile Legallais. Les difficultés d’accès aux services dans les déserts médicaux de la Région militent pour le développement de la télémédecine s’appuyant sur le déploiement des réseaux et supports numériques. Les problèmes de compréhension, d’acceptation, de confiance et de comportements nécessitent une vraie innovation technico-sociale dans la mobilisation des technologies biomédicales. »
Le pôle Health&Care Technology serait constitué de ces structures intermédiaires, de ces personnes et de ces outils qui ramèneraient la santé et le soin à portée du patient. Ce qui couvre un large panel de questions, depuis celle du maillage géographique du réseau de santé jusqu’à celle du design des dispositifs. Par exemple, au laboratoire COSPTECH, les interfaces tactiles à destination des personnes aveugles sont conçues avec l’Ecole supérieure d’art et de design d’Amiens.

Anticiper les questions, les marchés et les métiers de demain

« Nous souhaitons attirer de nouvelles compétences pour créer des outils et des dispositifs innovants destinés au bien-être des personnes, explique Cécile Legallais. L’UTC doit revendiquer cette nouvelle approche, comme l’école avait revendiqué, à l’époque, la création de l’ingénieur biomédical. De nouveaux métiers apparaîtront dans ce domaine des technologies du care : quels seront-ils ? Comment y préparer nos étudiants ? Par ce pôle et les projets qui s’y développeront, l’UTC peut anticiper l’évolution du monde de la santé.  »
Par exemple, les domaines de la télémédecine ou du suivi et du diagnostic à domicile se développeront. Autre apport du pôle pour l’UTC : « Engager la réflexion philosophique sur le terrain des technologies du care fera également émerger de nouvelles pistes de recherche fondamentale, inscrites dans des situations concrètes », projette Charles Lenay.

Pour une approche originale de la santé en Picardie

L’UTC apportera toute l’expertise et les moyens de ses laboratoires pour développer les outils correspondant aux besoins des acteurs du territoire – hôpitaux, aides soignants, etc. Catherine Marque travaille ainsi depuis 1989 avec le centre de gynécologie-obstétrique du CHU d’Amiens sur un projet permettant de mesurer, d’analyser et de modéliser les contractions utérines pathologiques.
Ce projet, soutenu par la Région depuis l’origine, a obtenu des financements européens. « Nous espérons utiliser cet outil de diagnostic pour détecter le plus rapidement possible les contractions à risque et concevoir un système de surveillance à domicile », explique Catherine Marque. La Région manque encore d’un tissu industriel dense pour valoriser localement les innovations issues de ces projets. «  A terme, le pôle Health&Care Technology suscitera des créations d’entreprises et d’emplois, façonnera l’identité de la Picardie au même titre que l’industrie agroalimentaire, espère Charles Lenay. Il y a beaucoup de chemin à parcourir, mais c’est un objectif réaliste, qui poursuit une mission : améliorer la vie des gens.  »