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31 : La métamorphose numérique des territoires

31 : La métamorphose numérique des territoires

Du smartphone à l’accompagnement médical

L'objectif est d'adapter les nouvelles technologies aux processus de soins. " Les smartphones peuvent par exemple être utilisés dans le cas de maladies chroniques, qui nécessitent un suivi continu. Dans le cas de la maladie de Parkinson, il se révèle plus pratique pour le patient d'intégrer ses données dans son téléphone - qu'il a toujours sur lui - que dans un carnet papier, toujours rempli à la dernière minute, avec toutes les inexactitudes et les biais que cela engendre ", illustre Cécile Monteil. Ainsi, sans être intrusif, le smartphone enregistre des données de meilleure qualité et permet au médecin de suivre plus efficacement son patient.

Informations plus précises pour les traitements chroniques

Les objets connectés apportent eux aussi leur lot de bénéfices : dans le cas d'une maladie comme l'eczéma, dont les démangeaisons peuvent réveiller la nuit et entraîner une grande fatigue chez le malade, un objet connecté de type bracelet pourra enregistrer les phases de réveil et les confronter au vécu du patient. En cardiologie, un objet connecté enregistrera la fréquence cardiaque et l'application smartphone attenante demandera au patient d'indiquer son activité physique quand la fréquence augmente anormalement. " Ce sont des informations auxquelles le médecin n'avait pas accès jusqu'alors. Mais elles ne signifient rien hors de leur contexte : si une fréquence cardiaque de 170 est enregistrée alors que la personne cardiaque monte des escaliers, ce n'est pas aussi alarmant que si elle regarde la télévision ", nuance Cécile Monteil. Ad Scientiam travaille avec une le leader mondial iHealth pour la mise au point de ces objets connectés au service de la santé, avec la recherche académique pour analyser plus finement les symptômes grâce aux nouvelles technologies, ainsi qu'avec l'industrie pharmaceutique pour suivre les effets de médicaments en conditions réelles.

Motivation, suivi et prévention

" A terme, les patients bénéficieront de cette recherche. Ainsi, dans le cadre de la maladie de Parkinson ou du diabète, un meilleur suivi permet un meilleur traitement. On peut imaginer une application reliée à la boite de médicaments qui envoie un rappel si cette boite n'a pas été ouverte par le patient. Les applications sursmartphone renforcent le suivi et améliorent l'accompagnement du patient entre deux rendez-vous, ce qui accroît sa motivation et maintient son moral ", explique Cécile Monteil. Autre exemple : en cas d'insuffisance cardiaque, les personnes concernées peuvent accumuler de l'eau au niveau des chevilles de façon anormale et finir aux urgences. Pour éviter cela, il suffit qu'elles se pèsent tous les jours : en cas de prise de poids anormale, leur médecin les appelle pour une consultation urgente. Mais ces solutions seront-elles adaptées pour tout le monde ? " Oui, affirme Cécile Monteil. L'équipement en matière de smartphone ne cesse de progresser, et les applications peuvent être rendues suffisamment accessibles pour être comprises par tous, en utilisant par exemple les photos des médicaments à prendre. Et les patients ne supportent pas l'intrusion. Utiliser leursmartphone, c'est utiliser un médium qui leur appartient, qu'ils se sont appropriés, et non une nouvelle machine. Dans le cadre de nos recherches, le taux de satisfaction est très important, même chez les personnes âgées. "

Bientôt des applications remboursées ?

Ce potentiel ne deviendra réalité que si les outils sont conçus à la fois par les ingénieurs et les médecins. " Il existe encore peu de liens entre ces deux mondes. Les médecins détiennent la connaissance du terrain, mais ignorent beaucoup des possibilités offertes par les nouvelles technologies. Le rôle d'Ad Scientiam est de créer des ponts entre le corps médical et l'ingénierie ", souligne Cécile Monteil, qui écrit les protocoles de recherche permettant de relier les technologies aux besoins spécifiques des maladies. Ce nouveau pan de recherche soulève bien des questions. Si la protection des données est garantie par une régulation drastique, celle du remboursement des applications médicales n'a pas encore été tranchée en France. " Aux Etats-Unis et Royaume-Uni, certaines applications de ce type sont remboursées par la sécurité sociale. Elles peuvent engendrer beaucoup d'économies, ne serait-ce qu'en évitant des hospitalisations d'urgence ", souligne Cécile Monteil, qui voit en revanche des dérives possibles pour les applications dites de " well-being " ou de " quantified-self ", par lesquelles des données de santé peuvent être utilisées à mauvais escient, ou conforter des comportements hypocondriaques.

Le médecin ne disparaîtra pas

" Si je n'ai pas effectué suffisamment de pas dans ma journée, ou si je refuse de partager les calories ingérées lors de mon dernier dîner, je deviens louche... Et ces applications peuvent déconnecter les gens d'eux-mêmes, en étant trop connectés à leurs données et à leurs algorithmes. C'est une dérive à laquelle il faut prêter attention, car les datas sorties de leur contexte peuvent être interprétées de multiples façons. " C'est pourquoi le médecin ne disparaîtra pas : " L'interprétation des données et la prise en charge du patient resteront des activités essentielles. Jamais une application ne pourra annoncer à une personne qu'elle a un cancer. Le rôle des médecins évoluera vers une médecine plus humaine : les nouvelles technologies libèreront du temps qui pourra être accordé à l'explication et à l'accompagnement. "