Dossier

15 : Les systèmes urbains de demain

15 : Les systèmes urbains de demain

Nos villes sont-elles vulnérables ?

Inondations à Bangkok, crues éclairs dans le Var, submersions provoquées par la tempête Xynthia… Autant d’événements tragiques, dont les conséquences humaines, économiques et matérielles sont considérables, et qui pointent la vulnérabilité de nos territoires face aux catastrophes naturelles. « Les changements climatiques, couplés à l’élévation du niveau de la mer, ne font qu’accroitre le besoin d’une chaine plus efficace de prévention, de prévision et de gestion des risques » alerte Jean-Yves Le Ven, directeur du Centre d’Études Techniques Maritimes et Fluviales (CETMEF). Avec l’augmentation des risques, l’objectif est donc de mieux préparer et anticiper les crises futures. « Il y a urgence à mettre en oeuvre toute une chaine d’outils en terme de traitement d’information pour prendre en compte les impacts et les conséquences de certains phénomènes météorologiques sur les territoires » explique Gilles Morel, enseignant-chercheur au sein du laboratoire Avenues. En collaboration avec l’UTC et son laboratoire Roberval, le CETMEF a ainsi développé des modèles de simulation qui permettent de reproduire les aléas climatiques et les phénomènes physiques associés. « De nouvelles méthodes numériques permettent par exemple de prédire la stabilité de certaines digues en cas d’inondation. Elles allient un logiciel de calcul de fluide pour déterminer les contraintes exercées par les vagues et les courants sur la digue, un modèle de contact basé sur l’approche DDA (discrète discontinous analysis) pour déterminer les efforts entre les blocs, et une modélisation des blocs rocheux, commente Jean-Yves Le Ven. Cette nouvelle approche a l’avantage de présenter chaque bloc comme élément individuel, et non dans une formulation homogénéisée ». Il y aurait également urgence, pour les autorités, à mettre en place des plans d’actions préventifs et de gestion de crise, plaçant au coeur du dispositif la mise en sécurité des vies humaines et le bon fonctionnement des réseaux de communication. « En cas de catastrophe majeure, on préfère pour le moment le confinement à l’évacuation, à savoir laisser les gens chez eux. Ceci du fait d’un manque de communication auprès des populations, et surtout d’un manque de plans d’évacuations des grandes agglomérations » souligne Gilles Morel. Le CETMEF collabore donc également avec le laboratoire Avenues dans le développement du logiciel Osiris, qui utilise les résultats de modèles numériques pour produire des plans communaux de sauvegarde et fournir, en temps de crise, une aide à la planification des opérations de secours. n

3 questions à François Hissel, directeur scientifique au sein du département "Simulation Informatique Modélisation" du Centre d’Études Techniques Maritimes et Fluviales (CETMEF).

Inondations, crues, submersions… Existe-t-il aujourd’hui en France des plans d’actions préventifs et de gestion de crise face à ces évènements ?

La tempête Xynthia, qui a dévasté les côtes de la Charente-Maritime et de Vendée, a donné lieu à une commission d’enquête sénatoriale qui a pointé les lacunes du système opérationnel français. Une des lacunes concerne en particulier le manque de culture de l’évacuation. En tant que service technique émanant du ministère du développement durable, le CETMEF est appelé à fournir un appui scientifique à tous les maillons de la chaine opérationnelle, depuis la prévision de l’aléa jusqu’à la gestion de la crise, en passant par l’évacuation. C’est donc dans ce cadre que le CETMEF coordonne aujourd’hui la rédaction d’un guide méthodologique d’aide à la réalisation de plans d’évacuation. Il s’agit d’un projet européen réunissant pas moins de 31 partenaires. Le colloque "Villes, Risques majeurs et Evacuations" (VRME), 1er colloque national dédié au thème des évacuations de masse de personnes, organisé récemment à l’UTC, s’inscrivait d’ailleurs dans ce projet en visant à recenser les meilleures pratiques actuelles, françaises et étrangères dans le domaine.

Vous notez un réel manque de culture de l’évacuation en France ?

La question des déplacements pendant une crise majeure est parfois sous-estimée dans les plans de gestion de crise, alors qu’elle apparaît pourtant centrale et vitale pour la réalisation logistique des objectifs de sauvegarde. Comparé à d’autres pays, il est vrai qu’il existe en France un vrai manque de culture de l’évacuation. Dans notre pays, la plus grosse évacuation ayant eu lieu concernait une population de 10000 personnes. Ce qui paraît relativement faible au regard des évènements de type Katrina aux Etats-Unis en 2005, au cours duquel 1 500 000 personnes ont été évacuées.

Le CETMEF collabore donc aujourd’hui avec l’UTC dans ce domaine ?

Une collaboration existe de longue date avec le laboratoire Roberval de l’UTC à travers un laboratoire commun d’hydraulique numérique créé en 2002. On réfléchit également aujourd’hui à un rapprochement avec le laboratoire Avenues sur des thématiques liées à la gestion des crises, l’évaluation des vulnérabilités, la production d’énergie propre et individualisée ou, à moindre échelle, la gestion des connaissances. La pluridisciplinarité de l’équipe Avenues-GSU nous intéresse à ce titre tout particulièrement.