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Le boom asiatique de l'enseignement

Depuis une quinzaine d'années, l’Asie s'illustre régulièrement en tête des classements internationaux évaluant les performances des élèves. La croissance de l'économie en Asie-Pacifique serait-elle l’unique explication de cette réussite ? Le Centre international d'études pédagogiques (CIEP) a souhaité décrypter l'évolution de l'enseignement sur ce continent en comparant les méthodes, les cultures et les résultats entre pays.

Le boom asiatique de l'enseignement

Un colloque a réuni en 2014 à Paris 45 personnalités venues de 13 pays asiatiques de l'Inde à la Chine en passant par les Philippines. Le numéro spécial de la Revue internationale d'éducation de Sèvres du CIEP publié en avril dernier recueille les contributions des différents intervenants en y ajoutant des analyses supplémentaires.

" C'était la première fois que des Asiatiques pouvaient échanger à cette échelle sur leurs différentes pratiques pédagogiques " analyse Alain Bouvier, rédacteur en chef de la revue. Des conférences et des ateliers ont permis d'en savoir plus sur les liens complexes entre allongement et complexification des études, croissance économique, ouverture à la mondialisation et transmission des valeurs traditionnelles. Ce moment de réflexion a montré qu'il existait en fait plusieurs modèles pédagogiques asiatiques aux résultats très inégaux. Analysant les résultats au test PISA - lecture, mathématiques, culture scientifique -, Le professeur émérite Jean-Marie De Ketele de l'université catholique de Louvain en Belgique a ainsi distingué sept territoires très performants : Shanghai, Singapour, Hong-Kong, Taïwan, la Corée du Sud, Macao et le Japon s'opposant à un groupe possédant un niveau très inférieur à la moyenne mondiale : Indonésie, Malaisie et Thaïlande.

Différentes explications ont été proposées pour expliquer cette disparité. Dotés d'un PIB par habitant plus élevé et d'une population moins rurale, les pays du premier groupe offriraient aux parents la possibilité matérielle de laisser leurs enfants étudier plus longtemps. Les contextes culturels et philosophiques ont également été évoqués par plusieurs intervenants. L'influence de la pensée confucianiste qui met l'accent sur le respect du maître dans les pays du Sud-est asiatique a notamment été soulignée. Héritière à la fois d'une tradition millénaire et d'un passé colonial, la position particulière de l'Inde a fait l'objet d'analyses spécifiques.

Mondialisation de l'enseignement

Si le scolaire reste encore majoritairement du ressort des Etats et héritier des philosophies traditionnelles locales, l'enseignement supérieur asiatique est entré de plain-pied dans la mondialisation et la concurrence marchande. Avec les Etats-Unis, l'Australie est la référence étrangère pour les universités du Sud-est asiatique. L'île-continent attire de nombreux étudiants asiatiques et l'enseignement supérieur représente un secteur économique de première importance.

Le professeur Anthony Welch de l'université de Sidney a tenté d'analyser le "modèle" australien et ses liens avec le monde asiatique. Le développement du soutien scolaire en complément de l'offre publique d'enseignement - " Shadow education " - est l'autre fait marquant des dernières décennies. Dans certains pays, 90% des élèves sont concernés. Mark Bray, UNESCO professeur d'éducation comparée à l'université d'Hong-Kong est intervenu à ce sujet pour montrer que les familles d'Asie du sud-est tentaient ainsi de rendre leurs enfants encore plus compétitifs sur un marché du travail internationalisé alors que dans des pays comme l'Inde, le recours à des cours particuliers servait surtout à pallier les carences de l'enseignement public.

L'approche comparative a aussi ouvert des pistes de réflexion intéressantes au-delà de l'Asie. Supérieurs aux résultats français et européens en lecture et mathématiques, Shanghaï, Singapour, Hong-Kong, Corée du Sud et Japon sont souvent désignés comme des modèles à suivre ou à étudier. Le programme scolaire singapourien a même été récemment repris dans sa totalité par un pays européen.

Comment rendre reproductibles ces succès ? Plusieurs auteurs se sont interrogés sur les conditions de financement et de gouvernance qui ont permis la mise en place de ces systèmes pédagogiques. Les limites de modèles basés sur la concurrence exacerbée entre élèves et la préparation continuelle de concours ont également été analysées. Selon une étude, la Corée du Sud est le pays au monde où les étudiants s'estiment les moins heureux. Une leçon qu'il convient aussi de méditer...

"L'éducation en Asie en 2014 : quels enjeux mondiaux ?"
Revue internationale d'éducation de Sèvres n°68 avril 2015

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