Dossier

33 : La bible de l'innovation

L’innovation joue un rôle-clé tant pour la croissance économique que pour le bien-être. Partant de ce postulat, et prenant en considération les multiples facettes de l’innovation, le Global Innovation Index (GII) établit tous les ans un classement mondial des pays selon leur degré de performance en la matière.

33 : La bible de l'innovation

Innover pour durer

" L'innovation est source de croissance pour les économies développées comme pour les économies émergentes. Il faut que les entreprises innovent davantage, en dépassant la vision la plus répandue - celle de l'innovation incrémentale. Il ne suffit pas de petites améliorations sur un procédé, un produit ou un service pour durer, mais bien de mettre en place des systèmes d'innovation continue sur le long terme ", introduit Hubert Gatignon. Pour faire la part des choses entre les recherches scientifiques solides et les généralités émanant de gourous de l'innovation, les trois co-auteurs de ce livre ont fait le point sur les théories et les pratiques validées par des études de qualité. Ce livre est le fruit de quatre années de travail.

Un état de l'art de la recherche sur l'innovation

" Nous avons souhaité synthétiser l'état actuel des recherches, pour donner à la fois aux scientifiques une vision claire des pistes qu'il reste à creuser pour mieux comprendre l'innovation, et aux praticiens les bases nécessaires pour fonder leur stratégie ", résume Hubert Gatignon. Deux aspects peuvent particulièrement intéresser les praticiens, c'est-à-dire les entreprises engagées dans une démarche d'innovation : ce livre structure les recherches menées dans le domaine, leur donne une logique et un cadre. Il fournit également les échelles de mesure et leurs indicateurs pour identifier et évaluer les étapes et les procédés à mettre en œuvre pour innover de façon durable. Le livre se compose ainsi en quatre grandes parties : comprendre l'innovation, le contexte organisationnel de l'innovation, les procédés organisationnels pour créer l'innovation et le lancement de l'innovation sur le marché.

De la technologie au marketing, en passant par le management

" L'innovation doit être comprise d'un point de vue à la fois technologique et marketing. Parce que la technologie évolue très rapidement et ne connaît pas de frontière entre les différents secteurs d'activité, il faut avoir une vue d'ensemble de son évolution globale. Du côté du marché, il s'agit de comprendre les réactions, les comportements, les attentes des consommateurs et des usagers ", souligne Hubert Gatignon. Pour cela, les consommateurs sont de plus en plus invités à contribuer aux processus d'innovation. Comment les intégrer de façon efficace ? Comment évaluer rapidement les concepts novateurs ? L'accueil et la diffusion d'un produit empruntent aujourd'hui des chemins de plus en plus complexes à identifier et à maîtriser, à l'heure où le marketing viral est une quête. " C'est un nouveau défi posé aux entreprises : comment travailler avec le consommateur ? Comment appréhender les communautés et les groupes d'utilisateurs qui communiquent très rapidement ? Il s'agit de s'adapter à ces nouveaux usages, et de ne pas se focaliser trop étroitement sur l'entreprise, mais bien de rester ouvert sur la concurrence et le marché. " En résulte une nouvelle approche de la composition des équipes : qui sont les personnes à regrouper ? Faut-il intégrer des personnes extérieures à l'entreprise ou constituer au contraire des équipes plus homogènes ? " Peu d'études viennent confirmer par exemple l'efficacité d'un fonctionnement en mode 'start-up' au sein d'une grande entreprise ", explique Hubert Gatignon, qui insiste : " Il n'existe pas de recette miracle en termes de management. "

Espérance de vie : 6 mois !

De nouveaux modèles émergent également, à l'instar du " crowdsourcing " et de l'open innovation. Comment collaborer avec des nouveaux usages ? " La logique de l'open innovation va à l'encontre des logiques commerciales classiques. Les modèles économiques évoluent, même si tout reste à construire aujourd'hui en dehors d'expériences ponctuelles. Des questions devront être résolues, comme celle de la propriété intellectuelle ", soulève Hubert Gatignon. Ces nouveaux défis doivent être appréhendés tant par les pays développés que par les économies émergentes. " Aujourd'hui, il est devenu très difficile de protéger durablement ses brevets : il n'existe plus de rentes sur l'innovation, hormis pour quelques secteurs protégés par les régulateurs. Il faut innover continuellement, sans quoi les entreprises des pays développées ne pourront pas survivre. Les pays émergents qui réussissent le mieux aujourd'hui sont aussi les plus innovants, à la fois pour leur marché intérieur et pour l'export ! ", souligne Hubert Gatignon. Des études montrent que la concurrence réagit très rapidement, souvent dans les six mois qui suivent le lancement, et même en introduisant des innovations similaires.

Des pistes à creuser sur le sujet des partenariats publics-privés

C'est pourquoi ce livre se veut pluridisciplinaire : les réponses se trouvent à la fois dans la technologie, le management, les partenariats, etc. " Peu d'ouvrages abordent toutes ces perspectives. Concernant les alliances, il est important d'analyser les cas d'alliances positives et ceux d'opportunismes dangereux. La théorie des coûts de transaction fournit à cet égard une bonne base normative. Les partenariats publics-privés sont également de plus en plus fréquents, mais restent peu étudiés par la recherche scientifique. " Au sein de ces alliances, celles avec les universités et leurs chercheurs sont essentielles. " A cet égard, l'UTC est un bon exemple ! Mais les liens entre les entreprises et les secteurs de la recherche scientifique sont peu analysés, et les théories à ce sujet sont rares ", conclut Hubert Gatignon.