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26 : Le Brésil et l'UTC, une histoire qui dure

26 : Le Brésil et l'UTC, une histoire qui dure

Une formation unique au Brésil en biomédical

« La grande originalité de cette formation par rapport au modèle brésilien repose sur l’inclusion de deux périodes de stages industriels de six mois. L’Éducation nationale brésilienne a d’abord regardé cette nouveauté avec circonspection, avant de l’accepter  », raconte Francis Canon, qui a participé à cette aventure avec Francis Goubel, François Langevin et Catherine Marcq. Les relations entre l’UTC et l’université fédérale de Pernambuco remontent aux années 1970, avec l’accueil des premiers doctorants brésiliens à Compiègne. Puis, grâce à une convention quadripartite entre la Confédération nationale des industries, la Fédération des industries de Pernambuco, l’UTC et l’université fédérale, une formation d’ingénieur biomédical fut créée en 2001.

La qualité des ingénieurs biomédicaux reconnue par le pôle médical

« C’était tout à fait pertinent : Recife représente le 3e pôle médical du Brésil, après São Paolo et Belo Horizonte (capitale de l’État du Minas Gerais). Un pôle pharmaceutique y sera bientôt implanté, ainsi qu’un complexe technologique spécialisé sur le sang en partenariat avec le laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies, détaille le professeur Ascendino Silva, responsable de la formation à Recife. Depuis 2001, une centaine d’étudiants brésiliens ont suivi ce cursus de cinq ans. Comme nous nous adaptons aux besoins en ressources humaines du marché, ils trouvent très facilement du travail dans la dizaine d’entreprises spécialisées en génie médical qui gravitent autour du pôle médical et dans les hôpitaux, où ils contribuent à une gestion plus efficace des ressources.  » Les achats, le contrôle qualité, la maintenance, etc. : le scepticisme des hôpitaux concernant l’importance de ces ingénieurs est désormais dissipé ! « La maturité de notre formation a été reconnue par la création d’un département de génie biomédical à part entière en 2013, toujours sur le modèle de l’UTC  », se félicite Ascendino Silva. Depuis 2008, quelques étudiants brésiliens en génie biomédical ont également l’opportunité de passer une année à l’UTC, dans le cadre du programme bilatéral Brafitec (pour Brasil France Ingénieurs Technologie). Ils suivent alors six mois de cours, puis passent six mois en stage.

Des projets de recherche à développer

Parallèlement à la formation, le laboratoire BMBI de l’UTC et le département de nutrition de l’UFPE ont mené un projet de recherche commun pendant quatre ans sur les conséquences de la dénutrition précoce au niveau des fonctions biomusculaires. Au total, une demi-douzaine de thèses ont été soutenues par le programme Capes-Cofecub, créé par la Coordination pour le perfectionnement du personnel de l’enseignement supérieur côté Brésil et les ministères des Affaires étrangères et de l’Enseignement supérieur côté France. «  Les problèmes de dénutrition représentent un enjeu de santé publique dans cette région pauvre du Brésil, rappelle Francis Canon. Nous avons transféré nos outils pour effectuer des campagnes de mesure dans les campagnes brésiliennes, et avons montré que la dénutrition, au moment du développement fœtal et de la petite enfance, peut altérer durablement les caractéristiques musculaires d’un individu, et donc influer sur son métabolisme. Ainsi, la dénutrition peut paradoxalement engendrer des problèmes d’obésité chez l’adulte.  »

Faire la promotion de ce métier

Il y a eu également des transferts de technologie, notamment via la Fédération locale des industries du Nord-Est, [virgule + orthotypo : écrire « Nordeste » si cela désigne la région Nordeste] concernant un outil d’évaluation des fonctions neuromusculaires au regard de la dénutrition. « La fédération se montre intéressée par les transferts de technologie mais aujourd’hui, mis à part les échanges étudiants, les partenariats attendent un nouveau souffle. Les liens restent très importants entre nos établissements, avec par exemple des publications scientifiques communes en dehors de projet spécifique. Et des opportunités se dessinent, notamment grâce au programme « Science sans frontières » : face à son manque d’ingénieurs, le Brésil finance des échanges universitaires de formation et de recherche beaucoup plus importants depuis la fin de 2011  », souligne Francis Canon. Autre opportunité : la création d’un département propre au génie biomédical ouvre de nouveaux horizons pour créer des spécialités. « J’ai rencontré François Langevin, pour discuter d’une formation en gestion technique hospitalière, dont nos hôpitaux ont besoin, souligne Ascendino Silva. Nous pourrions aussi élargir à la biomécanique, secteur dans lequel l’expertise de l’UTC est reconnue. Il nous faut aussi faire la promotion du métier d’ingénieur biomédical, encore peu connu au Brésil et engager la recherche sur un plan plus technologique qu’académique.  » En lien avec la volonté de développer les doubles diplômes, l’UTC et l’université de Pernambuco étudient actuellement la faisabilité d’une telle formation en gestion technique hospitalière.