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L’analyse du cycle de vie des agro-ressources

Une journée d’étude était consacrée en début d’année à l’UTC aux impacts socio-économiques du développement des bioproduits et bioraffineries.

L’analyse du cycle de vie des agro-ressources

Une industrie plus verte et socialement responsable n’en serait que plus compétitive. Évaluer l’impact de ses activités et s’appliquer à le réduire est ainsi devenue pour les entreprises une pratique de plus en plus courante. À ce titre, l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) s’impose aujourd’hui comme une méthodologie efficace et systématique pour mesurer les impacts environnementaux des produits et des filières du "berceau" (extraction des matières premières) à la "tombe" (traitement en fin de vie des déchets), en passant par la production, le transport et l’utilisation.

« Reste que tendre vers un développement durable, c’est inclure un spectre d’enjeux locaux et globaux plus large, évidemment environnementaux mais aussi économiques et sociétaux » précise toutefois Jean Pierre Reveret, enseignant-chercheur à l’UQAM et co-titulaire de la chaire internationale en analyse du cycle de vie au CIRAIG*. « Et si l’ACV suscite un engouement certain auprès des entreprises, c’est aussi parce qu’elle peut constituer un outil d’identification et de quantification de l’impact socio-économique de certains produits ». Les bioproduits, directement issus de la biomasse, ne font pas même exceptions. « Les bioproduits ne pourront s’imposer sur le marché et y gagner des parts que s’ils apportent la preuve d’un véritable avantage, confirme Jacky Vandeputte, responsable projets et responsable "Biomolécules" du pôle de compétitivité à vocation mondiale Industrie et Agro-Ressources (IAR). Or, il n’existe pas à l’heure actuelle de guide méthodologique à proprement parler pour réaliser une ACV appliquée aux filières végétales et aux bioraffineries».

Imaginé dans le cadre d’une démarche commune entre le pôle IAR, l’UTC et d’autres partenaires**, un consortium a donc vu le jour pour répondre collectivement aux demandes en ACV des acteurs de la filière agro-ressource. Comment, par exemple, mesurer l’impact socioéconomique d’une chaine de valeurs créée par la mise en place d’une bio-raffinerie à Compiègne, comme pourra bientôt le proposer le projet PIVERT ? Si une monétarisation de ces impacts peut facilement être envisagée, offrant alors une comparabilité immédiate des données, tout comme la possibilité de déterminer numériquement quels impacts sont significatifs et lesquels sont négligeables, les effets sur la santé humaine, sur l’emploi, sur les conditions de travail, et plus généralement sur le bien être humain, semblent d’abord être au cœur des préoccupations.

* Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) 
** Quantis et Evea, Agro-transfert Ressources & Territoires, INRA, AgroParisTech, INERIS, CREIDD (UTT)

3 questions à Pascal Jolivet, maitre de conférence en sciences économiques à l’UTC.

L’analyse du cycle de vie (ACV) est-elle une méthode d’évaluation strictement environnementale ?

Non ! L’approche ingéniorale de l’ACV, jusqu’à peu déclinée exclusivement sur le plan environnemental, s’élargie aujourd’hui à l’étude d’autres impacts qu’induit la mise en place pour une entreprise d’une vraie politique de développement durable. A ce titre, l’ACV constitue donc également aujourd’hui un outil performant d’identification et de quantification des impacts socio-économiques.

La nature même des variables sociales et économiques ne renvoie-t-elle pas à l’éternel débat entre sciences dures et sciences molles, entre le quantitatif et le qualitatif ?

L’analyse du cycle de vie dite « classique », à savoir limitée aux dimensions environnementales, était déjà confrontée à ce débat. L’enjeu est bien évidemment d’autant plus présent quand on cherche à intégrer les aspects sociaux et économiques. L’UTC et son laboratoire Costech développent à ce sujet, depuis presque 20 ans, des techniques et outils aux meilleurs niveaux d’expertise mondiale pour appréhender, évaluer et modéliser ce complexe socio-technique.

Quel est votre sentiment quant à la possibilité de monétariser les impacts économiques environnementaux et sociaux, traduits en dommage-bénéfice pour l’humain et exprimés en euros ?

En tant qu’économiste industriel, je suis particulièrement sensible à cette question. S’il faut aller vers plus d’endogéneisation (internalisation) des impacts environnementaux et sociaux dans le calcul économique, il ne faut surtout pas pour autant aller vers une monétarisation généralisée. La connaissance utile pour une décision ne se réduit pas à la quantification d’une part (compter), ni à la valorisation monétaire d’autre part (« monétiser »).