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Un advisory board en ordre de marche

C’est l’une des grandes ambitions de l’UTC et de ses partenaires publics et économiques : créer un écosystème local d’innovation et de créativité qui favorise l’attractivité du territoire. La première réunion de l’advisory board, qui doit conseiller, guider, porter ce chantier d’avenir, s’est tenue le 29 mai dernier. Il compte les représentants des collectivités territoriales et des entreprises mobilisées autour de ce projet commun.

Un advisory board en ordre de marche

L’écosystème local d’innovation et de créativité est en ordre de marche sur le terrain. Afin de guider les projets portés par les acteurs locaux, une vingtaine d’experts s’impliquent pour la réussite de ce beau projet d’espace partenarial – à commencer par Ronan Stephan, directeur de l’innovation du groupe Alstom. Il a fait la brillante démonstration de la nécessaire médiation des « sachants » dans le cadre d’une réflexion renouvelée de l’innovation. 
«  Face à la concurrence internationale, la propriété intellectuelle ne suffit plus à protéger les entreprises. Nous sommes contraints à la vitesse et aux partenariats stratégiques avec le monde académique, sans oublier d’intégrer la société civile, qui doit tester les usages d’une solution en amont de son développement. Réponse très pertinente à ces défis, l’écosystème crée les conditions du dialogue pour cerner les demandes de demain et y répondre, ce qui ne va pas de soi !  »

« Open innovation » versus propriété intellectuelle

Et Ronan Stephan en sait quelque chose : au sein d’Alstom, un comité d’innovations et un réseau social ont été instaurés pour tisser des ponts entre la communauté scientifique, la R&D et les clients. « Nous recourons également à la médiation d’acteurs académiques pour créer des espaces de dialogue, de recherche et d’expérimentation. Il devient essentiel, sous peine de passer à côté d’innovations de rupture, d’entretenir des rapports de long terme avec les laboratoires de recherche, les experts scientifiques et technologiques.  »

Ronan Stephan (Alstom, Paris, France)

Ronan Stephan cite plusieurs exemples qui deviendront rapidement vitaux pour Alstom, dont la gestion des big data. «  Un contrat a été passé avec l’UTC concernant les systèmes de systèmes d’exploitation, pour travailler avec des bases et des flux de données de plus en plus denses et sédimentés. Aujourd’hui, c’est la vitesse d’arrivée sur le marché qui fait l’avantage compétitif, bien plus que la propriété intellectuelle, ce qui œuvre en faveur de l’open innovation. En Chine par exemple, nos solutions de réseau ont été largement copiées, sans que nous ne puissions rien y faire. L’écosystème local d’innovation doit trouver le juste milieu entre les logiques de ces acteurs, dans un climat de confiance et de coopération autour de projets communs. La médiation entre l’entreprise et la société passe par le savant. C’est un rôle essentiel. »

« Long terme, souplesse et pragmatisme »

Ce rôle, l’UTC l’endosse volontiers : en France, elle est la première université à proposer un projet de territoire aussi ambitieux que l’écosystème local d’innovation et de créativité, dont la mise en œuvre est partagée par les acteurs économiques, académiques et publics. « L’écosystème doit s’appuyer sur les forces de notre territoire. Aux Pays-Bas, cette formule est portée par Philips, en Suisse par l’École polytechnique fédérale de Lausanne, qui l’organise au sein de son campus. Dans le contexte de l’UTC, le plus pertinent est de construire un écosystème régional et d’en partager la gouvernance avec les entreprises et les collectivités. L’UTC n’est qu’un moteur de cet écosystème, dont la richesse repose sur la collaboration et la mobilisation de tous  », analyse Alain Storck.

Ronan Stephan (Alstom, Paris, France) , Alain Storck, président de l’UTC, Allen Scott (Professeur émérite, UCLA, USA) et René Anger (Directeur de Cabinet Conseil Régional Picardie)

Ce diagnostic est partagé par René Anger, directeur de cabinet du président du conseil régional de Picardie : « Depuis les années 1980, la Région détermine des axes de R&D prioritaires en fonction des urgences industrielles. Il existe une convergence presque naturelle entre les plans quadriennaux des contrats de projets État-Région et l’UTC, concernant notamment les nouvelles mobilités et la chimie du végétal, que nous soutenons aussi via la société de capital-risque Picardie Investissement. La Région a toujours joué ce rôle d’impulsion, mais comment aller plus loin ? Nous devrons remettre à plat certains outils d’accompagnement, certains schémas dépassés et retrouver un supplément d’âme. Sans convergence entre les acteurs publics, industriels et académiques d’un territoire, nous n’y parviendrons pas. L’écosystème doit être une stratégie de long terme, souple et pragmatique dans sa mise en œuvre. Il ne doit pas être réservé à quelques ‘‘happy few’’, d’où la question essentielle : comment irriguera-t-il le territoire ?  » Professeur émérite à l’université de Californie, Allen Scott apporte à ces réflexions le pragmatisme anglo-saxon – l’écosystème ne sera pas une vue de l’esprit : « Quelles sont les réalités économiques de la Picardie ? Comment les rattacher concrètement et localement à l’écosystème ?  », demande-t-il.

« La culture comme facteur d’inclusion »

Comment organiser ce maillage qui doit rapprocher, par exemple, le parc technologique des rives de l’Oise et Méaulte, dans la Somme, où l’activité aéronautique prédomine ? Comment mobiliser des scientifiques et des artistes autour de projets communs ? Cela passe par quatre axes de travail détaillés par Véronique Misséri, enseignant-chercheur à l’UTC et chargée de coordonner ce projet.
Le premier axe concerne le Centre d’innovation. Les étudiants, les entreprises, les enseignants-chercheurs pourront se rencontrer dans ce bâtiment de 5 000 m2 en cours de construction, largement soutenu par la Région Picardie et l’Agglomération de la région de Compiègne (ARC). Conçu pour favoriser l’innovation et le foisonnement intellectuel, le Centre d’innovation donnera toute sa place au monde de la culture, pour contribuer à ouvrir ce lieu sur l’extérieur. « La culture est un facteur d’inclusion », souligne Alain Storck. L’UTC lance déjà des passerelles entre les arts et la technologie, comme avec le festival Les Composites qui réunit des acteurs des arts visuels, manuels et numériques.
L’un des premiers projets du Centre d’innovation concerne d’ailleurs un secteur où l’art côtoie l’artisanat et la haute technologie : le flaconnage de luxe. Des équipes de l’UTC sont mobilisées autour de projets d’innovation bénéficiant aux 65 PME-PMI de la Glass Vallée, pôle mondial du flaconnage de luxe situé dans la vallée de la Bresle (marquage anti-contrefaçon, études thermiques, etc.). L’innovation et le gain de compétitivité qui seront ainsi engendrés doivent assurer le maintien de ce savoir-faire en France. L’écosystème local d’innovation contribuera à faire rayonner d’autres initiatives, comme Ambitions PME (rencontres PME-étudiants), ou les 24 h de l’innovation.

Vers une communauté digitale

«  Le 2e axe de travail consistera à développer une communauté d’innovation digitale, des réseaux sociaux à interconnecter et à animer, explique Véronique Misséri. Environ 80 personnes utilisent déjà le réseau mis en place depuis quatre mois. Par les 3es et 4es axes de travail, nous veillerons à proposer des invitations à l’innovation et développerons le maillage territorial, la création de passerelles et de lieux propices à l’innovation. »

Gilles Zuberbuhler (UIC, France), Guillaume Lucas (Faiveley), Hugues Arnaud-Mayer (Président Commission Innovation MEDEF, Paris, France), Véronique Misséri (UTC) et Christian Deblois (UTEAM)

Une cinquantaine d’entreprises sont d’ores et déjà parties prenantes. Des éléments structurants du territoire sont mis à contribution, comme les pôles de compétitivité Industries et Agro-Ressources (IAR) et i-Trans. « Ces pôles irriguent progressivement le tissu régional. La présence d’i-Trans et les partenariats noués avec les principaux sites picards dans le secteur des transports ont favorisé, j’en ai la conviction, le maintien et le renforcement de ces sites sur le territoire  », souligne René Anger.
Une perspective encourageante pour l’écosystème, dont l’objectif est de favoriser la création de valeur, de richesses et d’innovations de tous ordres, technologiques, organisationnelles, etc. «  Il ne suffit pas de construire un bâtiment, il faut aussi construire du sens », rappelle Alain Storck.
C’est tout l’enjeu des six actions prioritaires définies à ce jour : programmes de recherche spécifiques, offres d’accompagnement et de services pour les start-up et les entreprises du territoire, cibles précises pour le Centre d’innovation, création d’un living lab’ et définition d’une stratégie de marketing territorial construite par tous les acteurs locaux.

Une ambition européenne

«  En développant l’attractivité de notre territoire, l’écosystème doit amener des entreprises et des antennes d’écoles ou de centres de recherche à s’implanter ici, souligne Alain Storck. Si l’écosystème s’inscrit géographiquement en Picardie, son ambition est, elle, internationale. Il constitue l’une des pierres angulaires de notre stratégie – faire évoluer l’UTC vers une université européenne de technologie. »
Cette ambition se déclinera sur six thèmes : chimie du végétal, mobilité/transports, environnement et ville durable, santé, design et entrepreneuriat. Elle prend tout son sens dans un cadre européen, assure Thomas Froehlicher, doyen et directeur général de HEC Liège, qui appartient aussi au comité de pilotage de Creative Wallonia, programme-cadre qui met la créativité au cœur de la stratégie de développement wallonne. La Wallonie a d’ailleurs été élue District créatif européen en janvier 2013 pour son soutien exemplaire à l’économie créative.
« Il y a une cohérence géographique et stratégique à envisager une grande zone, de la Wallonie à la Picardie, qui place l’innovation au centre de son développement  », affirme-t-il. Pour avancer sur ce terrain européen, rendez-vous a été pris lors du Sommet de l’innovation 2013 qui se tiendra à Liège les 14 et 15 novembre.

Indicateurs, guichet unique et médiation

Cette première réunion de l’advisory board n’a pas occulté les difficultés à venir. Porté par des acteurs aux logiques et aux temporalités différentes, l’écosystème doit concilier leurs attentes. « C’est tout l’intérêt de cet advisory board ! », explique Alain Storck. Deux membres, Gilles Zuberbuhler (directeur de Clariant et président de l’Union des Industries Chimiques Picardie Champagne-Ardenne) et Hugues Arnaud-Mayer (président de la commission Innovation au MEDEF), ont rappelé l’attention qu’ils portent à ce projet.
«  La Région Picardie est la 4e de France dans le secteur de la chimie, avec 100 entreprises et plus de 12 000 salariés. Clariant est déjà présent au sein du pôle IAR et de PIVERT. Dans le cadre de l’écosystème, qu’il me paraît important d’intégrer, des chimistes peuvent être impliqués dans des travaux de recherche, et nous pouvons apporter des espaces disponibles sur nos plateformes industrielles pour accueillir des start-up innovantes, propose Gilles Zuberbuhler. Il faudra instaurer un dialogue ouvert concernant le partage de la propriété intellectuelle, dont le pôle académique peut être le médiateur.  »
Selon Hugues Arnaud-Mayer, l’écosystème ne pourra pas faire l’économie d’indicateurs chiffrés : « Il faudra prouver et communiquer la valeur ajoutée réelle et le retour sur investissement qu’il apporte aux territoires. C’est le seul moyen d’attirer les financeurs de l’innovation, à intégrer en amont des travaux de l’écosystème. À terme, ces indicateurs pourront séduire de nouveaux investisseurs locaux.  » Guillaume Lucas (vice-président du comité de suivi et de pilotage d’i-Trans et directeur général de Faiveley Transport Amiens) voit en l’écosystème local d’innovations et de créativité l’opportunité de coordonner l’accompagnement aux entreprises qui souhaitent innover et approcher le monde académique.
« Il faudrait instaurer un guichet unique qui remplace ou coordonne les offres parfois concurrentes et rarement lisibles à cet égard. Le rôle de l’écosystème n’est pas encore clarifié sur ce point, mais je veillerai à ce qu’il ne vienne pas s’ajouter aux structures existantes.  » Ces nuances apportées, la conclusion revient à Ronan Stephan : « Nous avons tous les ingrédients pour réussir !  »