Dossier

40 : Comment grandir en restant soi-même ?

L’UTC, membre fondateur de Sorbonne Universités, ouvre son écosystème local d’innovation, territoire d’expérimentation ou open living lab à ses partenaires. L’UTC est une université expérimentale qui après la quarantaine, essaime encore son modèle à l’international après l’avoir fait en France. Elle essaime autour de 2 concepts forts comme la recherche technologique qui sera dorénavant avec l’UTT boosté en matière de R&D sur les systèmes complexes déjà développés à Shanghai. Elle essaime aussi la pédagogie souple qui favorise l’apprentissage et reste proche de l’entreprise via les stages longs et les ateliers projets. Ils sont maintenant élargis à l’international comme maintenant au Brésil.

40 : Comment grandir en restant soi-même ?

Le territoire comme laboratoire d’expérimentation grandeur nature

Pour impulser un nouvel élan à sa politique d’innovation, l’UTC mise entre autres sur le concept de living lab. L’idée : innover plus et mieux en faisant de son territoire un laboratoire pour expérimenter des systèmes technologiques et des usages nouveaux à l’échelle 1. Un projet qui passe par des partenariats renforcés avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème local.

Soutenir la croissance économique, créer des emplois, relever les défis de la transition énergétique, de la raréfaction des ressources naturelles, du vieillissement de la population… Face aux enjeux sociétaux actuels, l’innovation apparaît plus que jamais nécessaire et figure désormais parmi les grandes missions de l’université. A la fois école d’ingénieur et université dédiée à la recherche technologique, l’UTC en a fait une ligne de force dès sa création.

« Pour stimuler l’innovation, il faut trois ferments, souligne Alain Storck, son président. Le premier est la multidisciplinarité, qui est depuis toujours une des spécificités de notre modèle d’université de technologie. Le second est l’ouverture pluriculturelle : confronter des profils ayant des manières radicalement différentes de penser le monde (ingénieurs, philosophes, médecins, artistes…) est un facteur évident de créativité. Le troisième est la culture partenariale. Transformer une nouvelle connaissance ou une nouvelle idée en un produit, procédé ou service qui trouve un marché est un processus pluriacteur : il mobilise des universitaires, des entreprises, des institutions territoriales… Ces dimensions pluriculturelles et partenariales sont aussi au cœur de notre modèle. »

 Un acteur majeur de l’innovation sur le territoire

Très tôt, l’UTC a collaboré avec le monde industriel. Très tôt aussi, elle a tissé des liens étroits avec les collectivités territoriales autour de projets innovants. « Pour l’essentiel, elle a même été à l’origine des politiques d’innovation de la Région Picardie », rappelle René Anger, ancien directeur de cabinet du président de cette Région. Depuis quelques années, l’UTC travaille également au développement d’un écosystème local de créativité et d’innovation.

Son Centre d’innovation en est une clé de voûte. Dédié à la maturation de projets, il a été pensé pour favoriser les échanges et les synergies entre les différents acteurs de l’innovation. Mais ce n’est qu’une première étape. Aujourd’hui, c’est en s’appuyant sur le concept de living lab que l’université cherche à insuffler un élan supplémentaire à cet écosystème. Un concept dans la droite ligne de sa politique d’ouverture sur l’extérieur. L’idée ? Impliquer l’ensemble des parties prenantes d’une innovation dans son processus de conception, à commencer par les utilisateurs, considérés comme des acteurs déterminants. Et, pour cela, expérimenter l’innovation in vivo : par exemple, tester des outils de télésurveillance médicale dans un Ehpad ou bien des véhicules autonomes en milieu urbain. L’objectif étant d’adapter au mieux le produit fini à ses conditions réelles d’utilisation en sortant de ses laboratoires.

Explorer de nouveaux usages

Au sein de ce living lab, des plateformes thématiques sur les technologies de la santé, les transports et le numérique, s’expérimentent dans la ville et sur le territoire. Mais nous réfléchissons à systématiser cette démarche en faisant de notre territoire une sorte de méga living lab : un champ d’expérimentation à l’échelle 1 pour tester des technologies, mais aussi, et surtout, pour explorer de nouveaux usages. Car l’innovation ne se limite pas aux ruptures technologiques. »

« Le développement des voitures autonomes, par exemple, sera peut-être une opportunité de favoriser la mobilité sur le territoire en repensant les agencements entre transport individuel et transport collectif, explique Alain Storck , qui réfléchi avec l’agglomération de Compiègne sur cette problématique d’innovation. Sur les axes peu fréquentés, on pourrait imaginer remplacer les transports collectifs par des véhicules autonomes offrant des liaisons porte à porte et donc un meilleur service, le tout pour un coût moindre. Le moyen le plus sûr de creuser et valider une telle hypothèse, c’est de l’expérimenter en grandeur réelle avec des usagers, en partenariat avec les autorités territoriales en charge du transport. »

Autre exemple : pour limiter au maximum l’utilisation d’intrants chimiques agricoles, l’une des voies envisagées serait de renforcer la rotation des cultures et d’adapter très finement les modes d’exploitation à la nature des sols. Celle-ci étant très variable au sein d’un même champ, il faudrait diviser les exploitations en micro-parcelles qu’il serait possible de traiter au plus juste en utilisant des drones reliés à un système d’information. Pour développer et tester un tel système, il faut un territoire, des partenaires du monde agricole et surtout des enseignants-chercheurs qui portent les projets.

 Un va-et-vient permanent entre réel et virtuel

« En fait, le territoire est à la fois un laboratoire et un objet d’étude en soi, observe un industriel membre de nos instances. Il a une valeur, y compris dans ce qu’on en ignore. En y menant des expérimentations, les concepteurs des innovations pourront identifier et étudier des phénomènes qu’ils n’avaient pas forcément anticipés et la modélisation d’un système deviendra un va-et-vient permanent entre réel et virtuel. »

Ce qui devrait permettre d’innover plus et mieux. L’UTC dispose de deux atouts précieux pour développer cette approche. Le premier est sa capacité à intégrer sciences de l’ingénieur et sciences humaines et sociales, ce qui va de pair avec la logique d’un living lab : ne pas se contenter de penser la technologie comme un dispositif technique, mais aussi comme une interaction avec un environnement matériel, humain et social. Le second est sa proximité avec les collectivités territoriales et les relations de confiance qu’elle a tissées avec elles.

« Le poids intellectuel de l’UTC au sein du territoire est très important, note René Anger. Il existe un intérêt commun évident pour l’université et les acteurs territoriaux à s’engager ensemble dans une démarche expérimentale qui profitera à tous. »


Des critères en construction pour piloter l’innovation

Comment évaluer la performance d’une université côté innovation ? Aujourd’hui, on ne mesure guère que le nombre de brevets déposés et de start-up créées. Pour dépasser cette vision très réductrice et aider les établissements à piloter plus finement leur stratégie d’innovation, Alain Storck et Hubert Gatignon, professeur à l’Insead, ont bâti une grille comportant quatre grands groupes d’indicateurs.

Le premier concerne les retombées économiques immédiates de la politique d’innovation : nombre de start-up créées, nombre d’innovations brevetées ou pas mais non encore commercialisées, qu’il s’agisse de nouvelles technologies, de nouveaux business models…

Le second porte sur les impacts attendus à plus long terme grâce à la formation des étudiants : nombre et types de cours ou modules sur l’innovation et/ou l’entrepreneuriat, filières spécifiquement dédiées à ces thématiques… « C’est une dimension très importante, souligne Hubert Gatignon. Les universités contribuent à l’innovation par leurs recherches, mais il faut aussi qu’elles éduquent les jeunes à l’esprit d’innovation. Surtout en France où nous sommes performants en termes de technologies et de brevets déposés, mais où nous avons beaucoup plus de mal à développer l’économie et l’emploi sur la base de ces innovations. »

Le troisième groupe d’indicateurs évalue la recherche consacrée à l’innovation et à l’entrepreneuriat : nombre de structures, laboratoires, programmes de recherche, nombre d’articles et livres publiés.

Le quatrième porte sur les outils mis en œuvre pour améliorer ces indices : centres d’innovation, fablabs, living labs, chaires liées à l’innovation, associations d’étudiants consacrées à l’innovation et à l’entrepreneuriat, structures de financement de projets et d’incubation…

Enfin, la grille comporte également un indicateur sur les partenariats universitaires internationaux dans le champ de l’innovation.