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40 : Comment grandir en restant soi-même ?

L’UTC, membre fondateur de Sorbonne Universités, ouvre son écosystème local d’innovation, territoire d’expérimentation ou open living lab à ses partenaires. L’UTC est une université expérimentale qui après la quarantaine, essaime encore son modèle à l’international après l’avoir fait en France. Elle essaime autour de 2 concepts forts comme la recherche technologique qui sera dorénavant avec l’UTT boosté en matière de R&D sur les systèmes complexes déjà développés à Shanghai. Elle essaime aussi la pédagogie souple qui favorise l’apprentissage et reste proche de l’entreprise via les stages longs et les ateliers projets. Ils sont maintenant élargis à l’international comme maintenant au Brésil.

40 : Comment grandir en restant soi-même ?

Double partenariat pour booster la R&D sur les systèmes complexes

L’UTC et l’Université de Technologie de Troyes (UTT) ont décidé d’unir leurs forces pour développer leurs coopérations avec le monde industriel sur une thématique à fort enjeu : les systèmes technologiques complexes. Leur objectif : proposer aux entreprises une offre commune d’expertise scientifique et d’ingénierie, mettant en particulier l’accent sur la maîtrise des risques et le facteur humain. Zoom sur un projet stratégique

Des réseaux de capteurs couplés à des outils de traitement de données pour assurer la télésurveillance médicale de personnes âgées à domicile ; une flottille de drones échangeant des informations pour surveiller une forêt menacée par les incendies ; des véhicules robotisés interagissant avec leur environnement pour circuler en sécurité…

Ces quelques exemples en sont l’illustration : la complexité de la technologie contemporaine tient avant tout à l’hétérogénéité des systèmes. Ceux-ci se composent de multiples briques répondant à des logiques et comportements différents, de plus en plus interconnectées, traitant quantité d’opérations différentes… Ce qui met en défaut notre capacité à les décrire, à les concevoir et à les gérer. La maîtrise de cette complexité figure parmi les grands défis de l’ingénierie. C’est pourquoi l’UTC et l’UTT ont choisi d’associer leurs compétences sur cette thématique et de développer leurs partenariats avec les entreprises.

« Nous sommes deux écoles d’ingénieurs positionnées sur la recherche technologique, c’est-à-dire sur l’ingénierie en tant que science, explique Bruno Bachimont, directeur à la recherche de l’UTC. Pour nous, les systèmes complexes sont un sujet scientifique. Mais c’est aussi un axe privilégié de coopération avec les industriels. Les entreprises sont les premières confrontées aux questions soulevées par la complexité des systèmes. Et le meilleur moyen de résoudre ces questions, c’est de travailler avec elles : de croiser nos compétences respectives pour poser les problématiques et définir les solutions conjointement.  

Une intelligence des systèmes complexes

L’objectif des deux universités n’est pas de répondre aux besoins ponctuels des industriels, dans une optique client/fournisseurs. Il est au contraire de bâtir des collaborations pérennes, qui leur permettront de financer des recherches pour renforcer leur expertise sur les systèmes complexes, tout en favorisant les transferts de technologie, l’innovation et donc la compétitivité des entreprises. Leur projet ? Proposer aux industriels une offre de services autour de l’intelligence des systèmes, en mettant en particulier l’accent sur la gestion du risque et le facteur humain.

Pour déployer cette stratégie, l’UTC et l’UTT disposent d’un atout majeur : leur pluridisciplinarité. « Nous pouvons apporter des réponses globales aux problématiques par essence transversales que posent les systèmes complexes, souligne Jérôme Plain, directeur Relations Entreprises à l’UTT. Et ce d’autant plus que nos compétences sont complémentaires. En les unissant, nous pourrons répondre à des appels à projets plus larges. » La porte reste bien sûr ouverte à l'UTBM.

Gestion des risques : un double enjeu

Mécanique, acoustique, nanotechnologies, informatique, biologie… Côté sciences dures, les deux UT ont la capacité à intégrer les résultats de recherche relevant de nombreuses disciplines au sein d’un même système. Grâce à leur multidisciplinarité, elles ont aussi développé une solide expertise sur la gestion des risques, qui constitue à la fois un des grands domaines d’application des systèmes complexes (télésurveillance médicale à domicile, surveillance de sites sensibles…) et un verrou à lever pour maîtriser ces systèmes.

En raison de leur complexité, il est en effet plus difficile de prévoir leur comportement, d’identifier tous les facteurs de risques endogènes et exogènes auxquels ils peuvent être exposés, d’assurer leur sûreté de fonctionnement… « Pour l’ingénierie, c’est un changement de paradigme, note Bruno Bachimont. Avant, on bâtissait des modèles auxquels les systèmes devaient coller. Aujourd’hui, nos modèles se heurtent à la complexité du réel, qui nous échappe. D’où la nécessité de développer de nouvelles approches pour cerner et maîtriser les incertitudes. »

A l’UTC, ces questions figurent au cœur des travaux de plusieurs équipes et tout particulièrement du Labex Maîtrise des systèmes de systèmes technologiques (MS2T). A l’UTT, les sciences et technologies pour la maîtrise des risques constituent une des neuf thématiques de recherche de l’Institut Charles Delaunay, l’UMR réunissant toutes les activités scientifiques de l’université. Une thématique transversale, qui implique l’ensemble des équipes de recherche, autour de programmes allant de la surveillance et de la sûreté des grands systèmes à l’e-santé, en passant par la cybersécurité, l’écoconception ou la résilience des systèmes et réseaux et la gestion de crise.

Des systèmes « avec l’humain »

Par ailleurs, outre des spécialistes des sciences dures, les deux UT comptent des chercheurs en sciences humaines et sociales. « Nous avons la capacité à travailler sur des thématiques complexes en intégrant à la fois leurs dimensions technologiques et sociales, et c’est un autre point fort », souligne Jérôme Plain. Cette spécificité leur permet en effet d’anticiper les impacts sociétaux d’un système technologique : quels seront par exemple ses conséquences en termes d’emploi, de respect de la vie privée, quel sera son niveau d’acceptabilité ? Questions d’autant plus importantes que la technophobie progresse au moins autant que la technophilie.

Mais elle leur permet aussi de penser les systèmes « avec l’humain » et non « malgré l’humain ». « L’interaction avec l’utilisateur est souvent vue comme le maillon faible du système, comme un aléa à surmonter, ce qui est générateur de difficultés et de risques, explique Bruno Bachimont. Notre approche est de considérer l’homme non pas uniquement en tant qu’utilisateur, mais comme partie intégrante du milieu dans lequel fonctionnera le système et comme une composante de sa robustesse. »

Un pôle d’ingénierie au service des industriels

Pour développer leurs coopérations avec le monde industriel, les deux universités s’appuieront sur Uteam, la filiale de gestion de la recherche partenariale de l’UTC, dans laquelle l’UTT va prendre une participation. Comme elle le faisait déjà pour l’UTC, Uteam aura pour mission de valoriser l’expertise de leurs laboratoires auprès des entreprises, et de négocier et gérer leurs contrats de recherche. Mais elle va aussi se doter d’un pôle de compétences en ingénierie, qui proposera aux industriels des prestations complémentaires de celles des laboratoires : expertise, essais, conception, accompagnement des développements technologiques…

Pour ces activités d’ingénierie, Uteam fera appel aux plateformes techniques et scientifiques de l’UTC et de l’UTT et emploiera des ingénieurs de niveau doctorat ou postdoctorat. « Nos plateformes disposent d’ingénieurs, qui, souvent, ont été formés dans nos propres laboratoires et, grâce à leur proximité avec les équipes de recherche, se ressourcent scientifiquement en permanence, explique Bruno Bachimont. Ces personnels possèdent l’expertise nécessaire pour délivrer des prestations de haut niveau aux industriels. Mais les universités n’ont pas la possibilité de les maintenir en poste au-delà de deux à trois ans. D’où l’idée et former un vivier d’experts qui, par la suite, pourra aussi nourrir les équipes de R&D des industriels.

C’est une vision inspirée de ce que font les instituts Fraunhofer en Allemagne. » Fortes de leur multidisciplinarité et de ce dispositif innovant, les deux universités entendent booster leurs coopérations avec les entreprises. Leur objectif : doubler le nombre de leurs chercheurs impliqués dans la recherche contractuelle d’ici à trois ans et augmenter de 10 % par an la recherche partenariale et le dépôt conjoint de brevets avec des industriels.