Dossier

23 : L'écosystème local d'innovation vu par ses pairs

23 : L'écosystème local d'innovation vu par ses pairs

L’écosystème local d’innovation de l’UTC vu par ses partenaires

« Dans "écosystème local d’innovation" tous les mots ont leur importance, insiste Michel Foubert, premier adjoint à la ville de Compiègne et membre du comité de pilotage de l’écosystème local d’innovation. Écosystème fait référence à ces plantes qui ne peuvent croître les unes sans les autres, tout comme les laboratoires de l’UTC, les pôles de compétitivité IAR et i-Trans, les entreprises, les acteurs de la culture et du social, etc. Il s’agit de mettre en relation, sans juxtaposer, les acteurs du territoire, exactement comme un système vivant, pour créer une fécondation réciproque qui conduit à l’innovation, à la compétitivité et, in fine, aux emplois et au développement local  », souligne celui qui a fait une thèse en biologie moléculaire. Voilà posée la raison d’être de l’écosystème.

Une tradition de dialogue et d’innovation

Cette vision repose sur une tradition de dialogue et d’innovation déjà forte en Picardie. Ainsi, les dépenses pour l’innovation par habitant dépassent celles de toutes les autres Régions de France, note Michel Foubert qui ajoute : « En 2012, Compiègne figure sur la première marche du podium national en matière d’innovation ! L’UTC, l’ESCOM, l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais forment le noyau dur d’une terre d’innovation, dont les entreprises sont parties prenantes.  » 
Ces bons résultats ne sont pas le fruit du hasard. Ainsi, la politique régionale en matière de recherche et d’innovation s’inscrit dans une histoire longue, remontant aux Assises de la recherche de 1981. « Les grands choix stratégiques effectués à l’époque, auxquels l’UTC et l’UPJV ont contribué, ont donné lieu à la mise en place d’outils comme les centres techniques (le CVG, Centre de valorisation des glucides et des produits naturels, le CODEM, construction durable et éco-matériaux, le centre Agro-transfert, ressources et territoires, etc.). Ces choix furent confirmés par la création des deux pôles de compétitivité, IAR et i-Trans  », retrace René Anger, directeur de cabinet du président du conseil régional et membre de l’advisory board de l’écosystème. 
Même avis du côté de la Délégation régionale à la recherche et à la technologie (DRRT) : « La principale force de la Picardie réside dans les interactions déjà fortes entre les acteurs, souligne Marc-André Fliniaux, délégué régional. Ainsi, dès que le programme des investissements d’avenir fut lancé, le préfet et le président de Région ont rassemblé toutes les forces vives pour accompagner les projets prioritaires, dont beaucoup furent labellisés. La Picardie a donc obtenu l’un des meilleurs résultats au niveau national. Ce dialogue constructif entre la Région et l’État n’est pas acquis partout, et il est très apprécié par les entreprises et les universités.  »

Une réponse locale aux ambitions nationales et européennes

« L’écosystème existe ainsi depuis longtemps, sans être nommé comme tel  », souligne René Anger, pour qui cette politique continue a permis à la Région de monter en compétences, avec des projets d’envergure comme PIVERT (Picardie innovations végétales, enseignements et recherches technologiques, labellisé Institut d’excellence sur les énergies décarbonées) et Improve, lauréat de l’appel à projet « Plateformes mutualisées d’innovation. » 
Aux niveaux national et européen, l’écosystème s’inscrit dans les politiques globales d’intégration des démarches d’innovation, comme la feuille de route du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche baptisée « France Europe 2020 : l’agenda stratégique pour la recherche, le transfert et l’innovation. » En septembre, la Région sortira son schéma de « spécialisation intelligente », ou « smart specialisation strategy » (S3), élément essentiel de la nouvelle politique européenne de cohésion 2014-2020. 
« Cette politique vise à mieux mobiliser l’ensemble des fonds structurels au service de la stratégie Europe 2020 pour "une croissance intelligente, durable et inclusive." L’écosystème initié par l’UTC est parfaitement synchrone avec ces ambitions, et il faudra regarder de plus près les financements européens éligibles  », note Marc-André Fliniaux.

Renouer avec les années fastes de la création d’emplois

Cette dynamique joue en faveur de la Région, choisie récemment pour l’implantation de centres de R&D privés, ceux de Bostik et de Plastic Omnium. « L’écosystème, fort vecteur d’attractivité pour notre agglomération de 75 000 habitants, n’est pas étranger à ces deux implantations  », se félicite Michel Foubert, qui en attend un nouvel élan pour l’emploi. 
« Avec la fermeture de Continental et le départ de l’armée, 1 100 emplois ont été supprimés. Face à cette situation, nous avons décidé de ne pas nous plaindre, les bras croisés, mais d’œuvrer pour créer de nouvelles activités : en trois ans, les 1 100 emplois ont été recréés. L’écosystème doit poursuivre cet élan, aujourd’hui en perte de vitesse, dans les secteurs de l’industrie et du service. Nous estimons qu’il peut contribuer à renouer avec les années fastes de création d’emplois, à hauteur de 300 par an entre 1990 et 2007, en maintenant notre qualité de vie. Le rôle de l’agglomération et de la Région consiste à accompagner cette dynamique en finançant les outils nécessaires, comme le centre d’innovation de l’UTC. »

Des moyens et une meilleure lisibilité

Le centre d’innovation de l’UTC, livré à la fin de 2013, sera l’un des outils essentiels de la mise en relation des mondes économiques et académiques. « Grâce à sa taille moyenne, Compiègne évite l’écueil du "quartier innovant" porté par des agglomérations plus importantes. Ces quartiers dits innovants risquent d’entraîner un décalage au sein d’une même ville alors qu’ici, toute l’agglomération bénéficie de l’écosystème amorcé par l’UTC », souligne Michel Foubert. 
Par exemple, le Parc technologique des rives de l’Oise, géré par l’agglomération, sera relié physiquement par des passerelles au centre d’innovation de l’université et leurs moyens seront mutualisés. Déjà, la directrice du développement de l’ARC (Agglomération de la région de Compiègne), Sylvie Ciocci, et le directeur du développement économique, Serge Cochard, mettent leurs compétences au service de l’écosystème, tout comme, du côté de l’UTC, les enseignants-chercheurs Véronique Misséri, chargée du développement de l’écosystème local d’innovation, et Bruno Ramond, directeur du centre d’innovation. Tout l’enjeu est d’accompagner la mutation industrielle. 
« Il s’agit de mieux gérer l’interface territoriale de cette dynamique grâce à des points d’ancrage locaux forts : le centre d’innovation de l’UTC à Compiègne, celui d’Amiens, celui qui sera créé à Saint-Quentin avec le rapprochement entre l’INSSET et l’IUT, les futurs locaux du pôle IAR à Laon, etc. Ce maillage a vocation à se coordonner : il faut lui donner plus de visibilité et assurer le lien entre innovation, financements et ambitions internationales. C’est pourquoi nous créons une plateforme régionale, à Amiens, dont la vocation est d’articuler ces trois aspects en reliant différents organismes (Bpifrance, Picardie Investissement, Ubifrance, etc.) pour aiguiller au mieux les entreprises  », détaille René Anger.

Médiation et « personnes-ressources »

Selon lui, le bon fonctionnement de l’écosystème, et plus globalement du programme Picardie Technopôle, exige de prêter une attention particulière à la médiation, sans laquelle le dialogue entre entreprises et laboratoires de recherche n’est pas possible. « Ce travail de traduction des attentes et des ressources revient aux centres techniques, aux centres d’innovation, aux plateformes technologiques des lycées, etc. Nous n’avons pas besoin de nouvelles structures – les compétences existent sur le territoire – mais il faut former les personnes en contact avec les entreprises pour qu’elles les guident vers les outils adaptés à leur projet (IndustriLAB, centres d’innovation, laboratoires, etc.). 
La Région identifie ces personnes-ressources dans le cadre de Picardie Technopôle. Il s’agit de valoriser les complémentarités et de construire des chaînes de valeur, sur la base des compétences de chacun, pour développer ensemble nos avantages comparatifs. 
 » L’UTC joue aussi ce rôle de médiation : en France, elle est la première université à porter un projet de territoire aussi ambitieux que l’écosystème local d’innovation et de créativité. Alain Storck le rappelait, lors de la première réunion de l’advisory board qui s’est tenue en mai : « Dans le contexte de l’UTC, le plus pertinent est de construire un écosystème régional et d’en partager la gouvernance avec les entreprises et les collectivités. L’UTC est un moteur de cet écosystème, dont la richesse repose sur la collaboration et la mobilisation de tous.  »

L’entreprise au centre

L’APEC et Bpifrance figurent parmi ces ressources auxquelles les entreprises peuvent faire appel. Pour l’APEC, qui accompagne et conseille les cadres, l’écosystème permettra de trouver des synergies entre les acteurs du territoire, « dont la force réside dans la diversité des secteurs d’activité et des grandes entreprises qui y sont implantés – chimie, logistique, cosmétique, pharmacie, agro-industrie, etc. – ainsi que dans ses nombreuses PME qui concourent à la vitalité de l’ensemble. 
Ce qui ne manque pas d’attirer, même en temps de crise : le fabricant d’éoliennes allemand Enercon et un centre d’appels viennent de s’implanter, rappelle Michèle Sallembien. Par ailleurs, il arrive souvent que les cadres, en milieu de vie professionnelle ou après la perte d’un emploi, fassent le choix de retrouver un poste en local, pour diminuer leur temps de transport, améliorer leur qualité de vie, passer plus de temps en famille. Les entreprises qui innovent recrutent de nouvelles compétences : l’écosystème permettra de fournir une meilleure information aux cadres sur ces besoins.
 » 
Du côté de Bpifrance, Christophe Langlet rappelle qu’en 2012, 1 820 entreprises picardes ont été soutenues par Bpifrance financement (soit 592 millions d’euros, dont 24 millions pour des projets innovants), et 14 par Bpifrance investissement (11,6 millions d’euros). « Nous aurions pu aller plus loin dans le soutien aux projets innovants s’ils avaient été plus nombreux  », souligne Christophe Langlet, qui croit, lui aussi, en l’écosystème : « Quand nous verrons un projet porté par un acteur de l’écosystème, nous travaillerons en confiance. L’objectif est de placer l’entreprise au centre, pour identifier les synergies à développer et créer une chaîne de valeur efficace. Travailler en réseau permet à l’entreprise de mobiliser les bons interlocuteurs au bon moment, d’anticiper ses besoins de financements, etc.  »

Vers des laboratoires à ciel ouvert ?

Attention toutefois à ne pas se disperser, souligne Marc-André Fliniaux : « Il ne faut pas compliquer la démarche avec des axes de travail trop nombreux. Aujourd’hui, il manque encore un schéma de gouvernance, pour une gouvernance unique concernant la recherche et l’innovation, et un processus d’évaluation, sur la base d’objectifs de performance à fixer.  » René Anger met également en garde : « Au niveau des universités, il faut pouvoir justifier d’un contenu scientifique fort, à l’image par exemple du laboratoire Heudiasyc de l’UTC en matière de mobilité. Il faut pouvoir répondre aux attentes et aux promesses faites aux industriels, sous peine de décevoir et de se retrouver en porte-à-faux. » 
Et dans dix ans ? Pour René Anger, l’évolution souhaitable serait de créer des laboratoires à ciel ouvert, pour faire vivre l’innovation sur des lieux de vie devenus des champs expérimentaux et réaliser la synthèse entre recherche, entreprise et territoire. « En 2020, l’arrivée du TGV à Creil, déjà l’une des gares les plus importantes de France, serait l’occasion de travailler sur les nouvelles formes de mobilité  », invite-t-il. Une chose est sûre : les élections ne remettront pas en cause cette démarche : « L’écosystème est une vision qui transcende les courants politiques, souligne Michel Foubert. Il relève du développement du territoire, répond à une attente forte et crée peut-être un modèle pour l’avenir.  »

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