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Vers un «doctorat industriel européen»

La commission européenne devrait bientôt mettre en place un doctorat industriel européen. Objectif : renforcer les liens entre universités et entreprises, et faciliter l’insertion professionnelle des jeunes chercheurs. Questions à Vanessa Debiais-Sainton, chargée de mission à la direction générale à l’éducation et la culture de la Commission Européenne.

Vers un «doctorat industriel européen»

La Commission Européenne souhaite faire de l’Europe une nation innovante pour les chercheurs. Comment procède-t-elle ?

L’Europe, à travers les actions "Marie Curie", s’attache depuis toujours à développer les possibilités de formation par la recherche et à améliorer les perspectives de carrière des chercheurs de ses États membres tout au long de leurs carrières. Des programmes ont donc été mis en place pour stimuler la mobilité intersectorielle, accroître le partage des connaissances par le biais de partenariats de recherche ou encore attirer en Europe les chercheurs étrangers de talent. De nouvelles initiatives devraient également bientôt être proposées spécifiquement à la formation des docteurs. L’une d’elles concerne le doctorat industriel européen, dont les premiers appels à propositions seront lancés d’ici juillet. Près de 20 millions d’euros devraient y être consacrés.

En quoi consiste ce doctorat industriel européen ?

Plusieurs études européennes ont montré le manque de lien du chercheur avec l’entreprise, et plus globalement une méconnaissance du secteur privé par les docteurs. On reproche souvent au docteur d’être performant en termes de publications, moins bon en termes de dépôts de brevets. Ce constat est d’autant plus fort en France où l’on a tendance, bizarrement, à opposer le rôle de l’ingénieur à celui de docteur. Face à ce constat, deux questions se sont donc naturellement posées : à quoi doit ressembler une formation doctorale et à quels besoins devra-t-elle répondre dans le futur ? Une réponse s’est rapidement imposée : une formation à la fois internationale, interdisciplinaire et intersectorielle. L’idée a donc germé de proposer à une entreprise et une université de pays différents de travailler autour d’un projet commun, porté et coordonné par un doctorant. Le doctorant serait ainsi formé à la fois dans son université d’accueil ou son organisme de recherche, et en entreprise à l’étranger, en organisant librement son temps de travail entre les deux. Sa seule obligation serait toutefois de passer 50% de son temps en entreprise.

À la manière de la thèse CIFRE en France ?

Tout à fait. Ce nouveau programme de formation peut-être comparé à la thèse CIFRE en France ou au PhD industriel qui existe actuellement au Danemark, dans la mesure où est avant tout recherché l’employabilité des docteurs. Un chercheur qui envisage aujourd’hui une carrière, tant dans le public que dans le privé, doit être capable d’interagir avec ces deux mondes, tant pour trouver des financements que pour mieux exploiter et valoriser ses résultats de recherche. Le doctorat industriel européen vient donc offrir aux jeunes chercheurs, dès le début de leurs thèses, des opportunités uniques d’acquérir des compétences en entrepreneuriat, communication, langues, business management… Dans le même temps, l’impact pour l’entreprise est réel : améliorer sa compétitivité, accroître son innovation en ayant accès à des techniques de pointe, mais aussi recruter des talents.

Quelle est alors la vraie valeur ajoutée de ce doctorat vis-à-vis des programmes déjà existants ?

Indéniablement sa dimension européenne. Je suis une entreprise ou une université française, et souhaite développer un partenariat avec une entreprise ou une université en Angleterre. Aujourd’hui, aucun financement ne m’est offert. Le doctorat industriel européen vient combler ce manque. En outre, le doctorant aura l’occasion de travailler au sein d’équipes internationales et de tirer parti des avantages de la diversité culturelle. Plus généralement, on espère, à travers cette formation innovante, être plus à même de rivaliser ou être plus compétitif vis-à-vis du PhD américain, et ainsi faire que l’Europe soit plus attrayante pour les chercheurs, tout en évitant la fuite des cerveaux.