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Street-science

Avion de ligne doté d'un abdomen d'insecte placardé dans le métro parisien, arme à feu à la crosse végétale sur des murs tokyoïtes ou fleur agressive apposée sur la publicité d'un célèbre horloger suisse dans la cité du Vatican, les intrigantes œuvres géantes en noir et vert de Ludo s'exposent dans les rues du monde entier.

Street-science

Installées souvent au cœur de friches industrielles ou de quartiers en pleine mutation, ces installations éphémères s'inscrivent au cœur de l'histoire urbaine et industrielle, entre un passé à l'abandon et un futur en devenir. Une belle manière de rendre accessible l'art à un large public.

Christophe Egles professeur de biomécanique à l'UTC spécialisé dans la médecine réparatrice et la reconstruction tissulaire a participé à l'ouvrage " Ludo, Dualité ", une monographie dédiée à cet artiste de street-art dont les créatures biomécaniques - hybrides entre l'organique et le mécanique - interrogent sur les dérives possibles de la science. Le scientifique utcéen s'intéresse depuis longtemps à l'image de la science dans l'art. Les murs de son laboratoire de Compiègne comportent plusieurs toiles évoquant l'univers de la recherche. Parmi elles, une toile d'Alain Eschenlauer représentant un noeud symbolise avec un brin d'humour la difficile résolution de certains problèmes scientifiques. Auteure d'aquarelles de codes génétiques hautes en couleurs, l'américaine Jane Goldman est quant à elle venue passer plusieurs jours à l'UTC pour s'imprégner de l'esthétique de l'imagerie scientifique.

Le souhait d'Eric Egles serait de prolonger l'expérience en proposant régulièrement des résidences aux artistes souhaitant découvrir le quotidien du métier de chercheur. " J'essaie de lutter contre l'idée répandue chez les scientifiques que l'art est superflu, d'ouvrir une fenêtre sur autre chose que la science pour mieux nous interroger sur les conséquences de nos recherches, réfléchir à la manière dont la société perçoit nos travaux " explique t-il.

Art en noir et vert

C'est dans une exposition au musée de la Poste à Paris en 2013 que le scientifique a fait la connaissance du graffeur converti à la production d'espèces végétales et animales non identifiées. " Je voulais l'interroger sur sa vision de la science et pourquoi il semblait si pessimiste vis-à-vis de notre futur " se souvient Christophe Egles. Il faut dire que les armes, crânes ou plantes vénéneuses figurant sur les affiches de Ludo saisissent par leur côté noir et violent.

Les intentions du streetartiste sont en fait plus nuancées : ses apparitions violentes et sombres critiquent davantage l'utilisation possible des capacités technologiques par des régimes ou des pouvoirs économiques peu soucieux de la vie humaine et des libertés que les progrès scientifiques eux-mêmes. Curieux de science, l'artiste s'intéresse de près aux recherches menées à l'UTC. L'un de ses projets serait d'utiliser des cultures cellulaires dans ses futures productions.

" Comparer l'expérimentation scientifique et artistique est intéressant, l'une se confronte au réel alors que le résultat d'une oeuvre est fonction de la subjectivité de l'observateur " conclut l'expert en biomatériaux épris de culture. "

Ludo, Dualité "
224 pages
Editions Gallimard