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32 : La BD, porte ouverte sur l'imaginaire

32 : La BD, porte ouverte sur l'imaginaire

Avec CyberBulle, plongée dans le monde de la BD et du numérique

Sa passion pour la BD, il la doit à la bédéthèque de l’UTC. C’est là qu’il a découvert l’étendue de la production BD depuis les indémodables Astérix, Gaston, Marsupilami et Tintin de sa jeunesse. « Cette bédéthèque existe depuis 1986, et elle est sans cesse enrichie par les étudiants qui la gèrent, rappelle Nicolas Damay. Il faut savoir que la France, avec la Belgique, est l’un des pays où la publication de BD est la plus importante au monde.  » En France comme ailleurs, le marché et les pratiques du monde de la BD se renouvellent sans cesse, et le numérique a, là aussi, bouleversé à la fois les pratiques des auteurs-illustrateurs, des éditeurs et des lecteurs.

A la découverte des nouveaux modes de création et de lecture

Le festival est donc consacré aux nouvelles pratiques de la bande-dessinée : créations numériques, turbomédia, informatisation des artistes, lecture on-line… Qu’est-ce que la BD numérique ? La BD peut-elle parler de science et du futur ? Quelles sont les techniques de demain ? De la création à la lecture en passant par l’édition, La CyberBulle a réuni des intervenants qui expliqueront ces pratiques. « Il s’agit de réfléchir à la BD numérique sous toutes ses formes, depuis la numérisation de la création à celle de la lecture. Les auteurs utilisent aujourd’hui des ordinateurs, les lecteurs lisent de plus en plus souvent sur des écrans, même si le numérique est sujet à controverses  », souligne Benoît Cassel. Certains auteurs se sont fait connaître grâce au numérique, par le biais de leur blog, et peuvent devenir leur propre éditeur en se passant de l’étape papier. Par ailleurs, les principaux éditeurs de BD se sont associés pour lancer des plateformes de BD numériques, dont les deux principales sont Iznéo et ComiXology, avec des offres d’abonnement, d’achat ou de location, soit le « streaming » de la BD. Le « turbomédia », à mi-chemin entre la BD et le dessin-animé, propose lui une nouvelle forme de rapport à l’image interactive. « De nouveaux supports font leur apparition, comme l’a par exemple proposé la série Mediaentity, un bel exemple de BD transmédia qui permet, entre autres, d’accéder à des contenus interactifs avec son téléphone et de faire participer chaque lecteur à l’intrigue », explique Benoît Cassel. CyberBulle proposera donc de questionner les expériences liées à la BD numérique. Car certains auteurs, qui ont utilisé le numérique pour leurs créations, en sont revenus et ne jurent aujourd’hui plus que par l’encre et le papier. Côté lecteurs, certains gardent un rapport particulier au papier et à l’objet… C’est d’ailleurs le cas de Benoît Cassel !

Un festival numérique et interactif

Pour aller au bout de la démarche, La CyberBulle sera à la fois un festival numérique et physique. Du lundi au vendredi, des émissions d’une heure seront proposées sur le site du festival www.cyberbulle.com. Depuis leur écran, les internautes pourront visiter un atelier d’artistes, une école d’art, les locaux d’un éditeur, etc., et poser leurs questions en direct. Puis les conférences, ateliers et animations du week-end seront également retransmis en direct. Tout sera gratuit pour les internautes. « Nous voulions nous démarquer des festivals classiques pour faciliter les rencontres entre les auteurs et le public, et sortir de la recette éculée des files d’attente de dédicaces. Attendre deux heures pour une rencontre éphémère ne nous satisfait pas, tant pour l’auteur que pour son lecteur. C’est pourquoi nous organisons un maximum de situations permettant des rencontres informelles dans le Centre d’Innovation, ainsi que des ateliers afin que les participants puissent, sous l’œil d’un auteur, mettre la main à la pâte et apprendre en faisant  », détaille Nicolas Damay. Sans oublier les débats et les échanges prévus autour de la BD et du numérique, auxquels ceux qui n’auront pas pu venir physiquement pourront participer via twitter.

Créer des passerelles entre la science et l’art

Sur les liens entre la science et la BD, il a son avis : « La science peut paraître austère, inaccessible. La BD contribue vraiment à sa vulgarisation, surtout dans notre société de l’image. Elle apporte une légèreté, un regard humoristique qui décomplexe le rapport à la science et permet de faire passer l’information plus facilement sans pour autant trahir le message. Les auteurs de BD de vulgarisation sont très importants pour les scientifiques », analyse-t-il. La BD comme outil pédagogique, c’est ce qui plaît à Marion Montaigne et à Aurélie Bordenave, toutes deux auteurs-illustratrices et « vulgarisatrices », passionnées à la fois de dessin et de science. Mais Benoit Cassel, dont le site Planète BD chronique quasiment toutes les sorties du marché, déplore le peu de publications sur des sujets scientifiques. « La BD reste un divertissement, un passe-temps ludique, et n’est pas encore devenue un support de vulgarisation à part entière. Nous voulons montrer qu’il existe des passerelles entre la science et l’art, rapprocher ces deux mondes qui peuvent s’apporter beaucoup. Mais les ventes dictent le marché, qui stagne aujourd’hui en France après une croissance très forte dans les 1990 et 2000.  » Il note un retour des super-héros, un déclin des mangas, et un maintien de la BD franco-belge traditionnelle. Pourtant, le nombre d’auteurs ne cesse d’augmenter, tout comme la qualité de leurs ouvrages. « La crise du secteur et l’exigence croissante des lecteurs pousse vers toujours plus de qualité », analyse ce fils de libraires, qui a lu tout ce qui lui tombait sous la main dès son plus jeune âge.

Entrer dans la BD !

En matière d’immersion totale, les équipements du Centre d’Innovation seront mis à profit dans le cadre de La CyberBulle, à l’instar de la salle de réalité virtuelle qui permettra d’évoluer dans les dessins de Jean-Michel Ponzio. « Le numérique permet d’élargir le champ des possibles, au point d’entrer dans la BD ! Cette première édition a vocation à valider un nouveau modèle de festival, pour partie dématérialisé, ce qui permet par exemple d’associer au programme des auteurs étrangers bien plus facilement. C’est aussi un modèle moins onéreux à mettre en place, et donc plus accessible, plus ouvert au public, dont la rentabilité ne repose pas sur la longueur des files de dédicaces. L’objectif ultime est de favoriser les rencontres  », souligne Nicolas Damay. Benoît Cassel abonde en ce sens : « Cette première édition ne sera pas, je l’espère, la dernière.  » Les nouveaux modes de création et de lecture sont-ils viables ou expérimentaux ? Réponses donc en plusieurs épisodes !