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27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

Les œuvres de Zaven Paré au Festival Les Composites

Il travaille depuis 2009 avec les équipes du professeur Hiroshi Ishiguro, dans son laboratoire de robotique intelligente situé à Osaka.

Le Japon est le berceau de la robotique, où elle est considérée comme un secteur économique d'avenir au regard, par exemple, du vieillissement de la population. " Dans vingt ans, il y aura 8 millions de personnes de plus de 80 ans au Japon. Au lieu de considérer cette évolution comme un problème, le Japon en a fait une opportunité économique, un secteur de recherche, d'investissements et d'innovations. Plus qu'un choix économique, la robotique y est un choix de société ", analyse Zaven Paré. Mais avant que les robots ne parviennent à effectuer des gestes de soins, d'hygiène, d'accompagnement, il faut leur conférer cette ressemblance avec l'être humain qui passe par toutes ces petites choses témoignant d'une conscience et d'un inconscient. " La culture japonaise est très différente de la nôtre. Dans le laboratoire de robotique intelligente, j'ai souvent attendu des heures avant d'être appelé par les scientifiques. Tout comme les robots ! Je me suis identifié à eux. Mon travail est de développer un effet de présence grâce aux petits mouvements inconscients que nous effectuons, comme se gratter, exprimer de l'impatience, manifester un potentiel d'interactions, une prédisposition pour la relation ", explique Zaven Paré.

Mettre en scène la vie intérieure des robots

Réputé pour ses travaux concernant le théâtre, il collabore avec ce laboratoire dans le cadre du " Robot Actors Project ". Son travail : poser les questions pertinentes en termes d'utilisation et de ressenti du grand public - l'artiste étant bien plus préoccupé par la réception et l'interprétation du spectateur que le scientifique - pour que le robot quitte le laboratoire et gagne le quotidien. " Le robot concentre un empilement de projections, de représentations, nourries par la science-fiction et les mythes. Il faut les intégrer dans des situations triviales, quitter le face-à-face homme-machine. Le laboratoire a également fait appel à un maquilleur, ou à un metteur en scène : cinq pièces ont été produites, et leurs représentations permettent de faire remplir des questionnaires sur le ressenti, les impressions des spectateurs concernant la mise en scène des robots humanoïdes ", détaille Zaven Paré.

Objectif : susciter l'empathie. Le robot postindustriel ayant quitté le plan de travail pour évoluer dans un environnement changeant, il doit avoir et provoquer de l'empathie pour dépasser le caractère étrange de la communication homme-machine. " Même très ressemblante ou très jolie, une machine ne suscitera jamais d'empathie si elle ne suggère pas une forme d'intelligence, d'inconscient, qui permette de la considérer comme un autre soi. Comment leur conférer ce degré apparent de conscience ? C'est tout le travail d'observation de l'artiste, qui doit mettre en scène des comportements apparemment irréfléchis, des micromouvements suggérant la présence consciente du robot. "

S'adresser au robot comme à une femme

Et ça fonctionne ! Depuis le premier humanoïde du laboratoire, HI-1, le nombre de cerveaux-moteurs des robots est passé de 56 à 12, mais le degré d'empathie n'a cessé de croître. " Le dernier robot est une femme, ce qui est tout sauf anodin. Elle est dotée d'un sourire archaïque, celui des statues bouddhistes et de la Joconde, ce qui provoque l'empathie. Par ailleurs, on s'adresse de façon plus douce et délicate à une femme qu'à un homme, ce qui permet au robot d'avoir plus de temps pour comprendre ce que dit la personne, pour reconnaître son visage, pour traiter la multitude d'informations prodiguées par son environnement... Les robots sont fragiles : s'ils ont l'apparence de femmes, on peut espérer que leurs interlocuteurs feront plus attention à eux ! "

Selon Zaven Paré, le professeur Hiroshi Ishiguro est un visionnaire, qui a une perception globale de la robotique, d'où le recours aux disciplines artistiques pour mettre en scène la vie intérieure de ses créations. " Nous leur apportons nos questions, nos doutes, notre fragilité. Dans ces laboratoires et projets de recherche, nous nous questionnons plus qu'ailleurs sur ce qu'est l'humanité, sur le rapport entre l'homme et la société, sur notre utilité. Le robot est un support de réflexion ", décrypte Zaven Paré, qui met aussi en garde : ni l'artiste ni le scientifique ne doivent mystifier leur création auprès du public, et faire passer pour artistique ou scientifique ce qui ne relève que d'une démarche commerciale et marketing. " Le robot ouvre un champ artistique extraordinaire, et certains laboratoires conduisent de véritables démarches transdisciplinaires conjuguant arts et sciences, les seules qui parviennent à conférer une poésie incroyable et beaucoup d'humanité aux robots. "