Dossier

27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

La recherche au service de l’accès à la culture

Ce qui intéresse Dominique Lenne, c’est de favoriser l’apprentissage dans des situations de mobilité.

Visiter un musée fait partie de ces situations où la mobilité – marcher dans les couloirs et déambuler d’œuvre en œuvre – et l’apprentissage sont indissociables. Si beaucoup de solutions existent déjà, à commencer par les audioguides, elles ne proposent pas des parcours ou des activités évoluant au gré de paramètres comme le profil de l’utilisateur, sa position dans le musée, la concordance entre les œuvres, le temps qu’il a passé devant certains tableaux, etc. « Il s’agit d’enrichir la visite grâce à une information adaptée au contexte, via par exemple un système de recommandations capable de suggérer d’autres tableaux dans le musée en fonction de ceux devant lesquels le visiteur s’est arrêté, détaille Dominique Lenne. L’application peut aussi lui proposer des animations pour approfondir sa visite. »

 

Représentation sémantique et visite de musée

Le projet de recherche CIME associe, à l’UTC, les laboratoires Heudiasyc et Costech, qui travaillent sur la cognition incarnée, ainsi que le laboratoire Modélisation, information et systèmes de l’université de Picardie Jules Verne. Il est financé par la Région Picardie, qui souhaite ainsi contribuer au développement des visites virtuelles et des dispositifs d’aide à la visite des musées de son territoire. Le musée du palais impérial de Compiègne a tout de suite été intéressé par ce projet, qui ouvre une perspective de modernisation de l’accès aux œuvres et de renouvellement du public. « Le recours à des tablettes tactiles et des smartphones peut attirer un public plus jeune, habitué à utiliser en permanence ces outils. Il peut aussi ouvrir davantage les musées aux réseaux sociaux, notamment pour échanger avec d’autres visiteurs avant, pendant et après la visite, ou pour alimenter la fonction de recommandation des œuvres », projette Dominique Lenne. La particularité de CIME est de reposer sur une représentation sémantique qui permet de relier les différentes œuvres entre elles par des caractéristiques communes, telles que le courant artistique, le lieu, l’auteur, etc. « Cette représentation sémantique se base sur un ontologie du patrimoine culturel comprenant des concepts comme l’auteur, le style, etc. En fonction de la distance entre ces concepts et du contexte (localisation, œuvres à proximité, intérêts de l’utilisateur, historique de visite…), l’outil peut formuler des recommandations de parcours », détaille Dominique Lenne.

 

Localiser précisément le visiteur

Cela n’ira pas sans difficulté. À commencer par la localisation précise de l’utilisateur dans le musée. « Cela exige de recourir à des technologies plus abouties que le système de géolocalisation d’un smartphone, souligne Dominique Lenne. Nous pourrons aussi étendre les applications de notre outil à des visites en extérieur, ce qui se révèle plus simple pour la géolocalisation. » L’UPJV et le service patrimoine et tourisme d’Amiens Métropole se concentrent sur cet aspect, dans le cadre de la création d’un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine à Amiens. « À partir d’une visite dans ce centre, le touriste pourra continuer à découvrir le patrimoine architectural de la ville grâce à un parcours personnalisé. Cette application peut donc intéresser aussi bien les musées que les acteurs du secteur touristique et les collectivités », énumère Dominique Lenne. Les questions soulevées par CIME sont nombreuses et dépassent le cadre du projet : comment prendre en compte l’environnement du visiteur ? Qu’est-ce qui différencie une visite virtuelle d’une visite en chair et en os ? Comment évaluer l’intérêt de se trouver face aux œuvres, dans une ambiance particulière ? Pour le moment, il s’agit pour Heudiasyc de mettre au point une application, dont les équipes de réalisation espèrent, au terme de ce projet de trois ans (2013-2016), une possible commercialisation. « Nous espérons valoriser ce qui nous différencie fondamentalement des solutions actuelles, c’est-à-dire la capacité de notre outil à prendre en compte le contexte dans lequel s’inscrit l’utilisateur, apportant une très nette plus-value à la visite par rapport à la retranscription rigide d’un site web. » Le projet de recherche CIME montre comment la technologie peut faciliter et approfondir l’accès à l’art.