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27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

27 : Numérique, art, technologie à l'UTC

Accorderons-nous notre confiance aux robots ?

Ils s’appellent avatar, cyborg ou moteur de recherche, ils ont une forme humaine, animale, mécanique ou restent invisibles : les robots ont quitté les laboratoires et les usines pour envahir notre quotidien. « Spectaculaires ou insignifiants, les robots sont mis au service des êtres humains, dans une vision purement utilitariste, instrumentaliste. Par exemple, leur rôle auprès des personnes âgées dépendantes ou des personnes handicapées se développera. Au-delà d’une simple compagnie, ils gagnent aujourd’hui notre plus grande intimité : il existe des robots capables d’avoir des échanges sexuels, ou encore des mariées-robots !, souligne Olivier Gapenne. Nous vivons une phase d’appropriation de cette technologie, dont la présence conduit l’être humain à se poser de nouvelles questions sur sa sociabilité et son essence. »

 

Reconnaître et réagir à un sourire

Au niveau purement technologique, le développement des robots est loin d’être achevé. De grands progrès sont à attendre du côté de leur « humanoïsation ». « Les robots ont atteint un niveau d’architecture, de mécanisation et d’automatisation tel que cela permet d’entrer dans une phase d’appropriation. Il ne s’agit pas forcément de rendre les robots plus performants, mais plus crédibles dans leur apparence et dans leur capacité à reconnaître et à traiter des informations comme un sourire », détaille Olivier Gapenne. Si les robots sont physiquement présents dans notre quotidien, ils semblent en effet ne pas être là, dans la mesure où ils ne réagissent pas à ce qui les entoure. « Ils ne sont globalement pas affectés par les événements qui se déroulent autour d’eux. Dépourvus d’autonomie à cet égard, ce problème de présence au monde les rend très facilement détectables comme êtres non vivants », analyse Olivier Gapenne. Ainsi, les robots envoyés sur la Lune ou sur Mars sont doués d’autonomie, mais pas d’indépendance organisationnelle, contrairement aux animaux ou aux êtres humains. Ils manquent de « concernement », d’empathie, et n’éprouvent pas d’émotions. « Pour accéder à ces états, il faut sûrement ressentir la mort, faire l’expérience de sa propre précarité », avance Olivier Gapenne.

 

L’homme, une machine comme les autres ?

Malgré cette différence essentielle entre l’homme et la machine, Olivier Gapenne affirme que l’être humain est une machine comme les autres. « Selon l’approche mécaniciste de l’homme, ce dernier est, au moins en apparence, réductible à un ensemble de mécanismes – même s’il n’existe pas encore de mécanisme artificiel permettant de se comporter exactement comme un être humain. Par ailleurs, les drones les plus évolués, comme Big Dog ou les drones envoyés sur des terrains militaires, pourront prendre des initiatives. Aujourd’hui totalement sous contrôle, ils accéderont rapidement à des situations de symétrie avec l’être humain dans la prise de décision et seront considérés comme des partenaires. » Le robot peut également servir de support à l’intelligence humaine. L’être humain se caractérise par la technique, la conception et le développement d’instruments et d’outils qui transforment son rapport au monde, ses activités, ses interactions. « Les robots en tant que technologie ouvrent à l’humanité un nouveau potentiel d’intelligence, un nouveau champ d’expériences, souligne Olivier Gapenne. Sans aller jusqu’aux thèses post-évolutionnistes ni envisager la révision profonde de ce qu’est l’être humain, les robots annoncent une nouvelle relativisation de notre positionnement, non plus par rapport à Dieu ou au monde animal, mais par rapport à la technique. » Ces questions se poseront avec d’autant plus d’acuité que le robot passera rapidement du statut de l’objet asservi à celui de compagnon et de collaborateur, accédera au partage de l’autorité et gagnera notre confiance.

 

Repenser notre socialité grâce aux robots

« La confiance sera beaucoup plus difficile à accorder à un robot qu’à un être humain, car elle suppose une histoire commune, une construction reposant sur un engagement réciproque. Nous ferons confiance à la régularité du robot, mais comment savoir s’il se sentira concerné par ce qui nous arrive ? », soulève Olivier Gapenne, qui donne deux perspectives d’évolution de notre rapport aux robots : comment tendre vers une biotechnologie, et non plus seulement vers un biomimétisme, et doter les robots d’empathie ? Comment les robots pourront-ils manifester leur résistance à notre volonté ? « Les robots sont une chance pour l’être humain, dans la mesure où ils ouvrent de nouvelles expériences d’existences sociales, de nouvelles opportunités pour repenser notre socialité, que nous entrevoyons à peine aujourd’hui. Par le biais d’un robot, nous pourrions recréer du lien social intergénérationnel par exemple, des solidarités aujourd’hui délitées. Il faut échapper aux positions technophiles et technophobes, éviter les débats pro et anti-robots stériles, mais travailler sur les concepts – comme à l’UTC – pour réfléchir sereinement à toutes les questions que le robot engendre avec son déploiement. »