Dossier

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

"L’industrie du futur"

Quelle est selon vous l’urgence à développer en France une nouvelle stratégie industrielle ?

Parce que l’industrie est au cœur du processus d’innovation. Derrière Google se cachent par exemple des ordinateurs en réseau, des fibres optiques, des algorithmes mathématiques, des logiciels… L’industrie est la face immergée d’un iceberg visible à travers le seul prisme des services, alors qu’elle représente à elle seule 85% de l’innovation privée en France et 80% du commerce extérieur français. Un emploi industriel crée également 2 à 3 emplois associés dans le domaine des services. Or, les dernières grandes filières d’excellence ont été créées par le général de Gaulle il y a une quarantaine d’années. Depuis, rien n’a vraiment été fait…

En quoi le grand emprunt national peut-il être levier de développement de cette stratégie ?

Il s’agit d’abord de développer à travers lui une nouvelle vision pour le pays. On a pris conscience en France, à travers le grand emprunt et les États généraux de l’industrie, organisés par l’Usine Nouvelle, de la nécessité de sauvegarder nos usines. Le grand emprunt, c’est d’abord le financement du futur. Alors que plus de la moitié devrait être consacrée à la recherche et à la formation, une partie va pouvoir être orientée vers des écosystèmes de croissance, fédérations ou pyramides de PME, nous permettant alors de "chasser en meute". Les grandes locomotives de ce pays vont ainsi pouvoir entraîner des entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui elles-mêmes devraient pouvoir entraîner des PME et des start-up. C’est un modèle qui existe déjà beaucoup dans l’aéronautique. Derrière Airbus se cachent par exemple des sous-traitants, des fabricants de composants… qui forment un réseau d’excellence permettant à ces sociétés d’exporter leur savoir-faire, notamment à l’international. Ce modèle de l’aéronautique pourrait être transposé à une dizaine ou une quinzaine de filières d’excellence, et le grand emprunt devrait favoriser leurs émergences.

Quelles pourraient être ces filières d’excellence ?

Elles sont nombreuses. On peut bien évidemment penser à la santé, à la sécurité, au bien-être, à l’urbain… Les filières d’avenir répondront en priorité aux besoins sociétaux de nos concitoyens. Les technologies françaises et l’industrie, associées à des services, peuvent aisément répondre à ce genre de besoins, à la condition selon moi que les grands projets de recherche et d’innovation soient à la fois portés par des chercheurs, des enseignants-chercheurs et des industriels. Mais je crois savoir que l’UTC est plutôt précurseur dans ce domaine…

Quel est d’ailleurs le rôle à jouer par l’ingénierie dans cette nouvelle stratégie industrielle ?

Il est fondamental. L’ingénieur crée le futur, il crée les produits du futur en réponse aux besoins sociétaux. L’ingénieur doit à ce titre à la fois travailler dans la R&D, pour générer les idées et la créativité, mais aussi au niveau des process industriels, toute idée devant fondamentalement se transformer en produit réel générant lui-même un chiffre d’affaires rentable pour amorcer la boucle vertueuse de l’économie, du profit et de l’investissement. Je suis persuadé du rôle fondamental de l’ingénieur pour imaginer et créer le futur.

« La révolution industrielle, c’est maintenant ! »

Dans son ouvrage Le Printemps des magiciens - « La Révolution industrielle, c’est maintenant ! » (éditions Nouveau Monde, novembre 2009), Pierre Gattaz raconte comment le réalisme et les valeurs de l’industrie manufacturière, cette "mal-aimée", contribuent aux progrès de l’humanité, par l’innovation compétitive et le travail des hommes, en créant les produits, les systèmes et les réseaux du futur.