Dossier

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

"L’Abeille et l’Économiste"

Economies de la connaissance et de l'immatériel, économie de pollinisation, économie de contribution,... À quoi ressemblera finalement l'économie de demain ?

La valeur économique incorpore désormais de plus en plus d'immatériels, sous la forme de brevets, de droits d'auteurs, de marques, de dessins, de modèles... mais aussi d'éléments plus implicites ou tacites comme l'apprentissage, la confiance, le "care" et la coopération. Or, l'analyse traditionnelle se limite malheureusement à ce qui est comptabilisé dans l'échange marchand, et ne capte par là qu'une portion de la réalité. Quand on dit que le monde est complexe et pas simplement compliqué, rebelle aux techniques statistiques de modélisation, on indique en fait qu'il y a de plus en plus d'interactions. Par exemple, la valeur économique réelle des abeilles ne repose pas sur leur produit marchand, à savoir le miel et la cire, mais sur la pollinisation qu'elles engendrent, qui vaut entre 350 fois et 1000 fois plus que le produit marchand lui-même. Or, sans abeilles, plus de pollinisation, sans pollinisation plus de vie. Par analogie, dans une économie de contribution et de pollinisation humaine, la production de marchandises devient un produit annexe de l'activité humaine d'interactions avec son milieu.

En quoi les crises économiques, financières, sociales et écologiques constituent-elles des atouts pour le développement de cette économie de pollinisation ?

La finitude de la planète nous impose d'être économes de la biosphère et de la terre. Notre société de l'immatériel dispose quant à elle d'une possibilité d'expansion infinie des connaissances. Les crises actuelles sont donc, selon moi, une crise des mesures et des catégories que l'économie politique a mise en place depuis les pères fondateurs, Adam Smith et Ricardo. L'économie politique classique a en effet découvert le concept de valeur. Je prétends aujourd'hui que la découverte de toutes les formes de pollinisation humaine, révélées par le numérique et le réseau des réseaux connectant les cerveaux entre eux, produit une secousse analogue. Il devient impossible de mesurer la productivité individuelle. Et l'innovation ne peut dès-lors être appréhendée qu'à une échelle sociale et globale. Reste une question : comment mesurer l'activité humaine, l'activité intelligente ? Je propose d'ajouter à l'échange marchand un critère écologique, qui permettrait de savoir si l'activité en question a un rôle prédateur ou pollinisateur des ressources non marchandes.

En quoi votre présence au sein d'universités de technologie comme l'UTC et l'UTSEUS* influence-t-elle votre réflexion en tant qu'économiste ?

Il n'est tout simplement plus possible de penser les transformations du monde et du capitalisme sans placer l'appropriation de la technique au cœur de cette analyse ! J'apprends au sein de l'UTC à sortir l'économie de son ghetto économétrique et financier mieux que nulle part ailleurs. À ce titre, la dimension transdisciplinaire des sciences humaines et sociales du laboratoire Costech** est à la fois une opportunité formidable et un défi que nous allons relever en ouvrant à l'automne prochain un parcours de master " Management, Intangibles, Stratégie, Complexité, Ecologie" (MISCE) au sein du master Qualité de l'UTC. Quant à ma participation au projet UTSEUS, elle me permet déjà, en me confrontant à la réalité complexe d'une métropole aussi dynamique que Shanghai, d'écarter d'emblée les schémas qui sous-estimeraient le ressort d'évolution et la vitesse des transformations de l'industrie et du développement chinois.

* Université de Technologie Sino-Européenne de Shanghai ** Connaissance, Organisation et Systèmes Techniques (EA2223)