Dossier

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

13 : Quelle stratégie d'innovation adopter ?

"La propriété industrielle"

Quel lien faites-vous entre la propriété industrielle et l’innovation ?

La propriété industrielle, c’est avant tout un outil au service de l’innovation. Aujourd’hui, dans la compétition économique mondiale, l’innovation pourrait se résumer en la capacité, pour un territoire comme la France ou l’Europe, de créer de la richesse. Une richesse qu’il faut savoir protéger et sauvegarder ! La propriété industrielle ne signifie pas uniquement la défense de ses intérêts propres, mais constitue plus globalement un facteur d’innovation, notamment par la gestion et la diffusion des connaissances. Au delà de la protection de l’innovation, la propriété industrielle et ses outils représentent en effet le plus important et le plus complet réservoir d’informations technologiques que vous puissiez trouver à l’heure actuelle. Il existe, en accès libre sur internet, plus de 70 millions de brevets consultables au niveau mondial. La propriété industrielle est à ce titre un outil de veille technologique indispensable pour savoir où cibler l’innovation, connaître ce qui existe, ce qui n’existe pas, savoir où déposer son brevet, sur quel marché se développer…

La création de richesses a selon vous besoin d’être protégée ?

Plus que jamais ! La propriété industrielle est garante de la compétitivité des entreprises. À travers la croissance par l’innovation bien évidemment, mais aussi à travers la lutte contre la contrefaçon. L’apparition de la contrefaçon, ou du moins l’identification de ce qu’est la contrefaçon, a changé les mentalités. On peut citer l’exemple des médicaments contrefaits que l’on trouve aisément aujourd’hui sur internet. Ils ont non seulement un impact économique en terme de destruction de valeur, mais ils représentent aussi un danger potentiel pour la santé publique. Sans oublier que l’entreprise pharmaceutique, à travers le médicament de contrefaçon, s’expose au risque de diluer, voire perdre son image et son efficacité.

À la compétitivité des entreprises vous associez donc aussi une croissance par l’innovation ?

Depuis les accords de Lisbonne, la prise de conscience que le développement d’un pays est intimement lié au développement de son innovation, est réelle. L’objectif de cette stratégie fixée par le Conseil européen de Lisbonne était de faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Les champs de réforme étaient alors l’innovation comme moteur du changement, l’économie de la connaissance et le renouveau social et environnemental. On est depuis en train de renforcer les liens entre la recherche académique et le monde industriel. De fait, on ne parle plus aujourd’hui de R&D d’un côté et d’industries de l’autre, mais de création de richesses par l’innovation.

Donc, pas de création de richesses sans innovation, ni d’innovation sans sensibilisation à la propriété industrielle ?

Exactement ! L’innovation a besoin pour se développer de la propriété industrielle. Or, quand on demande à un jeune chercheur ce qu’est la propriété industrielle, il éprouve bien souvent quelques difficultés à répondre. Sa réponse se limite dans bien des cas malheureusement à la notion de brevet. Or, la propriété industrielle est beaucoup plus large, en comprenant l’ensemble des dispositifs pour protéger l’innovation. Il peut s’agir bien évidemment du brevet, mais aussi du secret, de l’enveloppe Soleau, des dessins, des marques, des modèles… autant d’outils de valorisation à disposition. Or, si l’on souhaite développer et accompagner le processus d’innovation, il faut selon moi être, très tôt dans ses études, sensibilisé à la propriété industrielle. L’INPI a d’ailleurs créé le programme « Génération innovation » à destination des scolaires pour les sensibiliser aux multiples aspects de la propriété intellectuelle. L’INPI s’adresse également aux enseignants-chercheurs et aux étudiants, parmi eux je pense plus spécifiquement aux doctorants, en les accompagnant et en les incitant à s’interroger en amont de leurs recherches à la stratégie de propriété industrielle à adopter.