Portraits

Un métier d’anticipation

Titulaire d’un DEA de l’UTC dans le domaine des biotechnologies, Eric Perrier occupe le poste de directeur R&D au sein de la division Parfums & Cosmétiques du groupe LVMH. Rencontre…

Un métier d’anticipation

Émotion d’une formule exceptionnelle qui émeut les sens, émotion d’un effet immédiat qui donne du plaisir dans un miroir, émotion d’une tolérance parfaite au service d’une efficacité qui se ressent ». Mettre chaque jour la recherche au service de l’émotion. Telle est la mission que se donne Eric Perrier, qui dirige depuis 2005 le centre de Recherche & Développement (R&D) du groupe Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH), considéré comme l’un des 4 plus importants centres de recherche avancée au monde dans le domaine de la cosmétologie. La peau est devenue sa plus grande source d’innovation. Il est en charge d’imaginer les produits du futur pour les consommateurs et marchés de demain, comprendre la physiologie de notre épiderme pour sans cesse améliorer son aspect esthétique, en particulier face aux assauts du temps. Pour ce faire, des équipes en prospectives et tendances lui révèlent, bien en amont de la conception des produits, les attentes des consommateurs et leurs évolutions. « Un centre de R&D doit pour y parvenir se réinventer tous les 5 ans, confie-t-il. Les outils, méthodes et organisations ne cessent de révolutionner nos façons de faire traditionnelles. Ce qui fonctionne bien aujourd’hui est déjà dépassé ! ».

Dès le début de ses études à l’Ecole de chimie physique électronique de Lyon dont il est diplômé, Eric Perrier se passionne déjà pour l’interface entre la chimie et le vivant. « Comment lier structure des molécules et fonctions biologiques ? Comment modifier des molécules pour les rendre plus disponibles et mieux tolérées ? Comment fabriquer des molécules complexes via des process biologiques plutôt que chimiques ?». Autant de questions qui l’amènent à intégrer l’UTC et poursuivre ses études par un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) en biotechnologies. Sa rencontre à l’époque avec le professeur Daniel Thomas, qui dirige alors le laboratoire de Génie Enzymatique de Compiègne (GEC), est pour lui un révélateur de ce que la biologie peut offrir à la chimie. Près de 20 ans plus tard, Eric Perrier est le plus à même d’apprécier les « bonds de géant » réalisés par la recherche en cosmétique. « Nouveaux modèles multicellulaires permettant de mimer la peau en trois dimensions, cellules souches adultes, processus de longévité, nouvelles technologies de screening pour des ingrédients plus efficaces, nouvelles formulations permettant d’améliorer la biodisponibilité des principes actifs cosmétiques, techniques non invasives et sans contact permettant l’évaluation de l’efficacité cosmétique… Pas à pas, ce sont des pans entiers de la physiologie cutanée que nous découvrons par nos recherches. Et nous n’en sommes encore qu’au début ! Avec l’arrivée d’outils issus du monde biomédical - diagnostic, génomique, histologie…, le secteur de la cosmétique va pouvoir développer des solutions spécifiques à chaque population».

Prendre le temps nécessaire à l’exploration de nouvelles disciplines ou technologies qui ne seraient pas encore maitrisées au sein de ses laboratoires. C’est bel et bien cet état d’esprit que le directeur de R&D contribue à instiller au sein du centre qu’il dirige. Les qualités indispensables selon lui à l’exercice du métier de directeur R&D ? « L’ouverture d’esprit, qui permet d’imaginer les solutions appliquées les plus folles, y compris et surtout celles qui n’étaient pas attendues au moment où le travail de recherche a débuté, répond-t-il sans hésiter. La méthodologie ensuite, ne serait-ce que pour canaliser la passion inhérente à toute découverte théorique et ainsi permettre sa protection industrielle et commerciale. Trop de brevets déposés sont insuffisamment bien écrits, ne protégeant pas assez efficacement les inventeurs et ne permettant pas aux entreprises qui souhaiteraient exploiter une licence, d’obtenir une exclusivité d’exploitation. C’est d’ailleurs à ce titre que j’ai pu apprécier, bien des années plus tard, la connaissance de l’UTC dans ce domaine à travers les liens forts qu’elle entretient avec le secteur privé » avoue Eric Perrier, persuadé de l’intérêt crucial de disposer en France de laboratoires de recherche publique forts et indépendants, mais à l’écoute des besoins des industriels.