Dossier

11 : Génie enzymatique et cellulaire, nouvel avenir pour le vivant ?

11 : Génie enzymatique et cellulaire, nouvel avenir pour le vivant ?

Une bio-raffinerie modèle en Picardie

Questions à Daniel Thomas, professeur au GEC et président du pôle de compétitivité à vocation mondiale "Industries et Agro-ressources" (IAR).

Quels enjeux se cachent derrière la nécessité actuelle de développer l’ensemble des nouvelles filières de valorisation du végétal à des fins industrielles ?

La valorisation du végétal répond selon moi à une double exigence. D’un côté, une demande sociétale forte et désormais clairement visible. La prise de conscience des citoyens est réelle. De l’autre, la nouvelle règlementation européenne REACH, entrée en vigueur en 2007, et qui améliore le niveau de protection de la santé et de l’environnement tout en renforçant la compétitivité et l’innovation dans divers champs d’applications : cosmétique, pharmacie, chimie verte…

Dans quel cadre s’inscrit la mise en œuvre du projet PIVERT ?

Les régions Picardie et Champagne-Ardenne constituent le premier bassin agricole d’Europe. En outre, le pôle IAR était en 2005 le seul pôle de compétitivité en France à proposer des projets de recherche offrant des alternatives au tout-pétrole. Une première plate-forme d’innovation "bioraffinerie recherches et innovation" (BRI) a donc été créée l’année suivante sur le plateau agroindustriel de Bazancourt-Pomacle (Marne). Le projet PIVERT, dont le centre de gravité sera situé à Compiègne, aboutira lui à la mise en place d’une bioraffinerie modèle, s’intéressant plus particulièrement à la valorisation des plantes oléagineuses comme le lin.

Quelles applications peuvent-elles d’ores-et-déjà être imaginées ?

L’enjeu est d’utiliser les plantes oléagineuses pour leurs huiles et leurs fibres, tout en tâchant de valoriser l’ensemble de la plante et supprimer ainsi un maximum de déchets ou sous-produits, pour tendre vers une logique de développement durable. Les domaines d’applications s’avèrent donc déjà nombreux : énergie, environnement et santé. On peut donc penser à quatre marchés cibles : les biomolécules d’abord, les huiles et graisses des plantes oléagineuses se prêtant très bien à la chimie verte. Les biomatériaux ensuite, pour l’écohabitat et la production de composites technologiques de haut niveau. Les bioénergies également, à travers notamment les biocarburants "avancés".

Enfin, les ingrédients végétaux, permettant par exemple de réduire les importations de tourteaux de soja dont les filières animales françaises sont dépendantes.En quoi consistera cette "bio-raffinerie modèle" ?

Cette plateforme sera déjà en soi un sujet de recherche. L’idée est en effet de regrouper sur un même site, dans un contexte de Haute Qualité Environnementale (HQE), toutes les compétences technologiques nécessaires à la valorisation de la plante entière, à travers le concept de "métabolisme industriel". Il s’agira donc d’envisager ce site comme un écosystème particulier regroupant les actions de production, transformation et gestion et réutilisation des déchets, tout en y associant des universitaires, des organismes de recherche et des entreprises, dans une logique évidente de coopération publique-privée. Je tiens également à signifier le caractère structurant de ce projet, qui induira une reformulation des offres de formation et de recherche à l’UTC, et plus globalement en Picardie.

Pourra-t-on envisager un jour la valorisation du végétal comme la base d’une politique nationale de recherche ?

Barack Obama considère lui-même déjà les biocarburants "avancés" comme le socle de la politique industrielle américaine. Le pôle IAR est d’ailleurs en charge des coopérations franco-américaines dans le domaine de la valorisation du végétal et développe à ce titre nombre de partenariats technologiques et industriels transatlantiques. Le pôle IAR est également coordinateur de deux projets européens Biorefinery euroview et Star-Colibri*, qui visent à identifier les différents concepts de bio-raffineries existants ou en formation, et à regarder quels sont les facteurs économiques, sociaux et réglementaires qui favorisent ou freinent leur développement. Une feuille de route technologique devrait ainsi permettre d’ici 2020 d’analyser les complémentarités et les synergies possibles entre les différents acteurs en France, mais aussi les éventuelles lacunes et redondances.

* STrategic TARgets for 2020 - COLlaboration Initiative in BioRefInery